Un moment crucial

L’électorat américain déchante. Comme certains observateurs le faisaient remarquer, il y a des Américains qui se rendent compte aujourd’hui que Barack Obama ne marche pas sur l’eau…C’est que plusieurs Américains attendaient un miracle qui, forcément, ne viendra pas. Sa cote de popularité est passée sous la barre des 60 pour cent.
Hier soir, le président Obama s’adressait à sa nation pour expliquer à ses concitoyens l’importance de la réforme du système de santé que son administration a entreprise, appuyée par les représentants et les sénateurs démocrates du Congrès. La bataille est dure sur ce dossier.
Essentiellement, les sociétés d’assurance dont dépendent les Américains pour avoir accès à des services de santé à «coût abordable» ne veulent pas se départir de leur emprise sur le système de santé. C’est un pactole qui vaut quelques centaines de milliards de dollars. L’objectif de l’Administration Obama est simple: donner aux 46 millions de citoyens américains, qui en sont privés, un accès à une assurance à prix abordable pour les soins de santé.
Les sociétés spécialisées dans les «produits d’assurance santé» ne reculent devant rien pour maintenir le statu quo. L’une d’entre elles, propriétaire d’une firme de recherche, a fait publier une étude «indépendante» qui condamne la réforme Obama sur les soins de santé. Une campagne antiréforme fait même témoigner une Canadienne qui affirme avoir sauvé sa vie en se faisant traiter pour un cancer aux États-Unis parce qu’elle serait décédée si elle avait attendu d’être traité par le système public «socialiste» en vigueur au Canada. L’accès universel aux soins de santé, c’est mauvais et inefficace comme système, affirment les sociétés d’assurance et leurs supporters. Il est dangereux, affirment-ils, de laisser la santé entre les mains de l’appareil gouvernemental. En d’autres mots, mieux vaut être riche et bien soigné que malade et mal assuré…
À l’échelle des États-Unis, mais un demi-siècle plus tard, Barack Obama est assujetti aux mêmes attaques, en forme et en substance, que celles orchestrées contre le premier ministre de la Saskatchewan, Tommy Douglas, lorsqu’il a mis sur pied le premier système de soin de santé à accès universel au Canada.
L’Administration Obama estime que le gouvernement américain investira 635 milliards pour que tous les Américains, sauf les immigrants illégaux, soient couverts par une assurance-santé. Il compte recouvrer les frais de son programme en annulant les avantages fiscaux que les républicains, sous George Bush, avaient consenti aux bien nantis. Les gens visés sont les ménages qui disposent d’un revenu annuel de plus de 380 mille dollars par année et des individus qui en gagnent plus de 250 mille. Mais les sociétés d’assurance et les politiciens du Parti républicain le présentent comme une réforme qui menace le système de santé et, par conséquent, la sécurité sociale de toute la classe moyenne.
Le premier président américain, et démocrate, à avoir parlé d’un programme national d’assurance maladie a été Franklin D. Roosevelt en 1935. Si l’Administration Obama a une chance de faire passer la réforme, les observateurs estiment que la législation doit avoir été adoptée avant la fin de l’année. Si la réforme ne passe pas, on croit que le président Obama, comme le président Clinton avant lui, devra y renoncer.
C’est un moment crucial dans l’histoire sociale des États-Unis. La bataille pour un accès équitable aux soins de santé dure depuis 75 ans, il est temps qu’elle triomphe.