Victoire de perception

Il est désolant de lire le communiqué de presse du bureau canadien de la IFAW, un organisme dédié au bien-être animal, sur la décision du Parlement européen d’interdire le commerce des produits dérivés du phoque. L’IAWF clame que c’est une grande victoire qui couronne quarante ans de campagne contre la chasse au phoque «qui ne représente qu’un peu plus d’un million de dollars par année» de valeur au débarquement.
L’IFAW passe sous silence que la chasse au phoque emploie 6000 pêcheurs répartis dans des petites communautés maritimes de l’Atlantique. Il y a trois ans, selon le texte de La Presse canadienne que nous avons publié mardi, dans la seule province de Terre-Neuve-et-Labrador la chasse au phoque a généré des retombées économiques de 55 millions $. Nul doute qu’en 2010, il ne restera qu’une fraction de ces retombées.
En fait, c’est la victoire d’une propagande montée en épingles que vient de gagner la bande à Bardot. Bien qu’on ait cessé en 1983 de chasser les blanchons, les images les plus utilisées de la propagande contre la chasse gardaient ces phoques en jeune âge à l’avant-plan de leur campagne. D’autres aspects sont aussi passés sous silence.
Il y a trois ans, Brigitte Bardot a affirmé que la population de phoques constituait une «espèce particulièrement mise en péril par le réchauffement climati­que». Dans les faits, la population de phoques en Atlantique a triplé depuis 1970, se situant à près de six millions d’individus, toutes espèces confondues. Prédateurs redoutables, dans le golfe du Saint-Laurent, la population en forte croissance de phoques nuit au rétablis­sement des stocks de morue.
Les militants contre la chasse au phoque ignorent délibérément qu’en 2002 la Revue vétérinaire canadienne concluait que d’abattre le phoque avec un gourdin était la meilleure méthode pour tuer l’animal rapidement et sans cruauté, une conclusion également exprimée par la Commission Malouf.
La dépendance de communautés maritimes sur cette chasse traditionnelle, l’évolution des techniques employées pour chasser le phoque, la vigueur et la santé des stocks de phoques du Canada atlantique sont tous des éléments qui ont été écartés du débat européen sur la chasse au phoque pratiquée au Canada. On n’a retenu que l’image du sang rouge sur la blancheur des banquises printanières.
On aurait cru que le Parlement européen aurait pris le soin de bien situer les enjeux réels de la chasse. Les politiciens européens, à notre grande surprise, ont opté pour le confort de la perception et de la popularité.
La réaction du gouvernement Harper de faire appel à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est certes louable. Outre ne rien faire, c’était le seul choix. Et c’est précisément parce que la décision du Parlement européen n’est pas appuyée par de la documentation scientifique qui appuie son jugement sur la chasse au phoque que le Canada croit avoir une bonne cause devant le tribunal d’arbitrage de l’OMC.
Les démarches qu’entreprendra le gouvernement canadien auprès de l’OMC ne représentent pas un très grand réconfort pour les communautés maritimes de l’Atlantique où se pratique la chasse. La lourdeur et la lenteur du processus d’arbitrage dans une structure comme l’OMC peuvent prendre une décennie avant que le litige ne soit réglé. Même si le litige se règle en faveur de la position canadienne, il ne restera à peu près plus rien de cette industrie de tradition nordique, anéantie par une perception nourrie d’illusions et de demi-vérités.