Heureusement, ici c’est différent

L’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick siégera plus tôt que prévu, contrairement à celle de Terre-Neuve-et-Labrador où la première ministre, Kathy Dunderdale, a décidé d’attendre au printemps 2012 pour la reprise des travaux.
Au N.-B., le menu législatif est chargé, selon le vice-premier ministre et leader parlementaire du gouvernement Alward, Paul Robichaud. L’aide à l’industrie du divertissement numérique, de la production cinématographique et télévisuelle, le registre des lobbyistes, la gouvernance locale, l’indemnité aux victimes d’accidents, la modification de la carte électorale sont autant de sujets dont seront saisis les parlementaires néo-brunswickois. Ils auront aussi à considérer ce que propose le gouvernement en matière d’énergie et de ressources naturelles.
Les artisans de la production cinématographique et télévisuelle ont sans doute été surpris d’apprendre que le programme d’aide à leur industrie est au menu législatif. Selon les entretiens que nous avons eus avec leurs porte-parole, ils s’attendaient à une annonce du programme plutôt qu’à une nouvelle loi à être débattue en Chambre. Ils devront patienter quelques mois, au lieu de quelques jours, pour décider s’ils doivent rester ou se tourner vers d’autres provinces où l’aide financière à la production est déjà en place.
En ce qui touche la gouvernance locale, l’Association francophone des municipalités du N.-B. devra elle aussi attendre le dépôt éventuel d’un projet de loi pour connaître les intentions du gouvernement sur la structure de gestion, de financement et de représentation au niveau municipal. Même procédure pour la représentation élue et les pou­voirs attribués aux conseils d’admi­nistration des régies de santé.
Puisque l’énergie et les ressources naturelles sont aussi au menu législatif, il faut s’attendre à des débats vigoureux, surtout sur la question des ressources naturelles. Le vice-premier ministre ne l’a pas précisé, mais on peut d’ores et déjà prédire que la question de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste sera abordée dans une législation sur les ressources naturelles de la province. Le gouvernement a déjà annoncé qu’il introduirait des mesures pour encadrer l’activité de l’industrie gazière, mais ses attentes quant aux retombées économiques engendrées par cette industrie laissent entrevoir qu’on laissera beaucoup de marge de manœuvre à l’industrie. L’opposition populaire et celle des groupes de pression pour l’environnement seront sans doute très vigoureuses puisqu’elles ne réclament rien de moins que le gouvernement décrète un moratoire, ce qui n’est pas dans les plans de l’administration Alward, bien au contraire.
À tout le moins, les citoyens auront l’occasion de suivre les débats de la Chambre, dont certains porteront sur des questions litigieuses. Les citoyens de Terre-Neuve-et-Labrador devront attendre, eux, au printemps 2012. C’est surprenant et désolant.
Forte de sa majorité, la première ministre, Kathy Dunderdale, affiche une attitude colonialiste à l’endroit de l’institution démocratique qu’est toute assemblée législative. Dans une entrevue accordée à la CBC après sa victoire électorale, Mme Dunderdale a jugé que l’Assemblée législative de sa province «n’est pas un bon endroit où débattre de façon constructive». Cette semaine, l’Assemblée législative a été ouverte pour une journée seulement, le temps d’assermenter les députés élus aux élections du 11 octobre.
En 2007, le premier ministre, Danny Williams, avait procédé de la même façon. Toutefois, il s’était bien gardé de juger de la valeur des débats à l’Assemblée législative de sa province. Si Danny Williams a pu s’en tirer sans égratignure, c’est dû à son immense popularité auprès des citoyens. Mme Dunderdale ne profite pas de la même faveur populaire, bien qu’elle ait remporté la majorité des sièges. Il est très étonnant qu’une parlementaire porte un jugement si condescendant quant à la valeur du Parlement où elle siège.
Il est rassurant de voir que les déclarations de Mme Dunderdale ont suscité une vive réaction, non seulement des partis d’opposition, mais aussi de la société civile. Lundi matin, une centaine de personnes ont manifesté devant l’édifice du Centenaire à St. John’s pour réclamer de la chef du nouveau gouvernement d’appeler les membres de l’Assemblée législative à siéger dès cet automne. Cette attitude de Mme Dunderdale n’annonce rien de bon. Elle témoigne d’un manque de jugement politique élémentaire.