Vendez l’avion

Le premier ministre, David Alward, et ses collègues du Conseil des ministres souhaitaient sûrement terminer la session parlementaire d’automne sur une meilleure note.

Le gouvernement provincial vient de déposer son budget en immobilisations. Il a annoncé la construction d’écoles francophones, d’une route à quatre voies et d’une voie d’évitement.

Ces nouvelles, qui auraient dû renvoyer tout le monde à la maison sur une note positive, à temps pour le congé des Fêtes, ont été entachées par une controverse. Une controverse qui se résume à une question: David Alward a-t-il utilisé l’avion du gouvernement à des fins personnelles et politiques plutôt que gouvernementales?

L’affaire a éclaté après que l’opposition libérale a découvert que le premier ministre s’est rendu à Saint-Léonard et à Montréal à bord de l’avion. Selon les libéraux, David Alward a utilisé l’avion pour des escapades partisanes, soit un souper à 500 $ le couvert visant à recueillir des fonds pour le Parti progressiste-conservateur, ainsi qu’une partie de hockey du Canadien de Montréal.

M. Alward ne nie pas ces faits, mais précise que le but premier de ces voyages était plutôt de rencontrer des leaders de la communauté (à Saint-Léonard et à Grand-Sault), ainsi que des gens d’affaires et le premier ministre du Québec, Jean Charest (à Montréal).

Ces rencontres n’ont été rendues publiques qu’après que les voyages ont été critiqués. Qui sont ces leaders? De quoi ont-ils discuté avec le premier ministre? Ces rencontres ont-elles été organisées avant ou après que M. Alward a choisi de se rendre au souper de financement?

Il est très difficile de répondre à ces questions puisque M. Alward, un homme qui a promis la plus grande transparence pendant la dernière campagne électorale, est très secret au sujet de ses déplacements. Rien à voir avec le gouvernement libéral précédent, qui indiquait sur le site web de Communication N.-B. l’horaire du premier ministre d’alors, Shawn Graham.

La pertinence pour une province comme le Nouveau-Brunswick d’avoir un avion pour son gouvernement est remise en question depuis longtemps. À la fin des années 1980, le chef de l’opposition, Frank McKenna, avait fait de l’avion le symbole de l’extravagance du premier ministre Richard Hatfield, qui l’utilisait pour se rendre régulièrement à New York les week-ends.

Pour bien marquer la rupture avec l’ancien régime, M. McKenna avait vendu l’avion aussitôt arrivé au pouvoir. Mais un autre gouvernement libéral, celui de M. Graham, a racheté un nouvel appareil au coût de 4,5 millions $ en 2008. Les libéraux utilisaient d’ailleurs l’avion plus souvent que ne le font présentement les conservateurs.

Notons que les Néo-Brunswickois ne sont pas les seuls au pays à débattre du sujet. Tout récemment, le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, déjà dans l’eau chaude en raison de l’utilisation qu’il a faite d’un hélicoptère de l’armée, a voyagé à bord d’un avion fédéral pour se rendre dans le sud de l’Ontario. Des observateurs politiques ont noté qu’il aurait été moins dispendieux pour les contribuables si M. MacKay, un habitué de l’appareil fédéral, avait acheté tous les billets d’un vol commercial d’Air Canada…

Toujours est-il que les avions gouvernementaux sont utiles, lorsque bien utilisés, mais qu’il s’agit d’un luxe. Un luxe qu’outre le Nouveau-Brunswick, seuls l’Ontario, le Québec, la Saskatchewan et le gouvernement fédéral ont choisi de se payer.

En politique, tout est une question de perception et de priorités. Et en ce moment, alors que certains districts scolaires n’ont pas assez d’argent pour garnir les rayons de leurs bibliothèques, le premier ministre vole à bord d’Air Nouveau-Brunswick. Pas le bon message à envoyer à la population.

Notre conseil au gouvernement Alward: vendez l’avion, quitte à en affréter un en cas d’absolue nécessité. En cette période d’austérité, les fonds publics seront mieux investis ailleurs.