Voyager ensemble

S’il est un secteur où les citoyens peuvent contribuer à lutter contre les gaz à effet de serre, c’est bien dans le domaine du transport. Selon les données du gouvernement du Canada sur son site, «L’action du Canada sur les changements climatiques», le secteur des transports produisait en 2005 plus de gaz à effet de serre (GES) que l’exploitation pétrolière.

Pour voyager au bureau, par plaisir ou pour les affaires, pour transporter nos marchandises, le plus souvent par camion, pour traverser le pays en avion, nous produisions collectivement 164 millions de tonnes de GES par année, comparativement à 153 millions par l’exploitation pétrolière. Ce n’est évidemment pas cette statistique qui devrait empêcher le gouvernement fédéral à forcer l’industrie pétrolière à réduire ses émissions de GES, mais il reste que dans le domaine du transport, l’action citoyenne pourrait elle aussi contribuer à réduire ces émissions. Soit dit en passant, selon la même source en 2008, les «industries liées aux combustibles fossiles» (comprendre que c’est la statistique qui touche l’exploitation pétrolière), l’exploitation pétrolière avait rattrapé le secteur des transports, comptant tous deux pour 22 % des émissions de gaz à effet de serre au Canada.

En 2008, le gouvernement provincial avait reçu 11 millions $ de la Fiducie d’investissement pour les transports en commun 2008, une initiative du gouvernement fédéral. Le ministre des Transports du Nouveau-Brunswick, Denis Landry, à l’époque, avait déclaré ce qui suit, dans un communiqué publié par le ministère: «Les investissements antérieurs et projetés permettront un renouvellement important et essentiel de nos services de transport en commun… L’amélioration des transports en commun appuie aussi la réalisation du Plan d’action sur les changements climatiques de la province.» Tout à fait logique.

Hier, Philippe Murat rapportait que la compagnie de transport Acadian avait essuyé des pertes d’un peu plus de 7 millions $ depuis 2004. La société mère de Acadian, le Groupe Orléans Express, s’interroge sur la viabilité d’un service d’autobus au Nouveau-Brunswick. Il faut dire que dans une province comme le Nouveau-Brunswick, le défi est de taille: la densité de la population est faible, et nous avons l’habitude de nous déplacer, souvent seuls, dans notre voiture personnelle.

Il y a quelques années, la Ville de Bathurst avait tenté de mettre en service un système de transport en commun. Pendant la période d’essai, l’utilisation du service n’a pu démontrer que l’achalandage sur les parcours offerts était suffisant pour viabiliser le service d’autobus, et le projet est mort dans l’oeuf.

Il faudrait peut-être cesser de penser que de voyager par autobus, ou d’opter pour le covoiturage, est une habitude à prendre seulement si on n’a pas les moyens de se payer une voiture fiable. Plus il y aura d’utilisateurs des transports en commun, mieux les horaires pourront être organisés de façon à accommoder et à attirer davantage d’usagers.

Cela dit, il faut se demander jusqu’à quel point nous avons, au Nouveau-Brunswick, un plan d’action concret pour améliorer le transport en commun. Bien sûr, les trois plus grandes villes de la province, Saint-Jean, Moncton-Dieppe et Fredericton, ne cessent de travailler à l’amélioration du transport en commun, mais ailleurs, le service est pratiquement inexistant. D’ailleurs en 2008, des 11,3 millions, les trois grandes villes avaient récolté 8,3 millions, laissant les trois autres millions au reste de la province.

N’étant pas experts en transport en commun, nous nous abstiendrons d’improviser ici un plan d’action pour le transport en commun au Nouveau-Brunswick. Le Fonds de la taxe sur l’essence comporte un volet d’aide au transport en commun, mais nous n’avons trouvé nulle part sur le site du gouvernement du Nouveau-Brunswick une stratégie de développement du transport en commun au Nouveau-Brunswick.

Tant pour aider les personnes à revenus modestes à se déplacer que pour contribuer à la réduction des gaz à effet de serre, nous accueillerions favorablement une initiative du gouvernement du Nouveau-Brunswick visant à approfondir la question et à développer un plan d’action pour la mise en oeuvre d’un système de transport en commun viable, et par la même occasion, trouver une façon de maintenir et d’améliorer le service déjà offert par Acadian Bus Lines.