Les taxes, ici et ailleurs

Il est intéressant de comparer ce qui se dit à propos du niveau d’impôt que devraient adopter les gouvernements, tant ici au Nouveau-Brunswick, qu’aux États-Unis où la fièvre électorale prend racine.
Plusieurs écoles de pensée s’affrontent dans le débat portant sur le taux de taxation approprié en période de relance de l’économie.
Aux États-Unis, la volonté du président des États-Unis, Barack Obama, d’augmenter le taux de taxation des citoyens les plus fortunés a été énergiquement combattue par les républicains, qui contrôlent la Chambre des représentants. Ceux-ci désiraient avant tout que le gouvernement américain compresse les dépenses de l’État tout en ne touchant pas aux impôts, si ce n’est que pour les diminuer.
La théorie généralement défendue par les partisans d’un niveau minimal de taxation veut que plus les impôts sont fixés à un niveau inférieur, meilleur est le climat propice aux investissements, et par conséquent à la croissance de l’activité économique. C’est une théorie économique qui a traversé des siècles. Mais depuis la naissance de cette théorie, le monde économique a bien changé.
De nos jours, la plus grande partie de la valeur économique des États-Unis s’abrite aux bourses du pays et à l’étranger. Avec la tendance d’exporter dans des pays où la main-d’œuvre est moins dispendieuse pour les fabricants, la valeur en bourse des sociétés américaines ne se reflète pas dans leur contribution à l’activité économique du pays.
D’ailleurs, la semaine dernière, une analyse circulée par un syndicat canadien avance que les concessions fiscales accordées se retrouvent plutôt dans la poche des actionnaires, comme remise de dividendes, plutôt qu’être réinvesties dans l’économie.
Ces deux approches à la fiscalité se retrouveront très certainement au cœur de la campagne présidentielle qui s’amorcera officiellement cet automne.
Le meneur dans la course à la candidature présidentielle républicaine, Mitt Romney, est l’archétype du nouvel homme d’affaires américain. Son message central, durant sa course à la candidature, c’est de dire aux Américains: «J’ai réussi en affaires, je sais comment relancer une économie.»
En fait, son succès en affaires il l’a réalisé comme courtier en valeurs mobilières, comme conseiller en placement. Oui, il a connu du succès en affaires, mais à savoir si ses activités professionnelles ont contribué à créer de l’emploi aux États-Unis, le débat reste ouvert. La presse américaine a déjà publié que Romney détenait des sociétés par lesquelles il détient une vingtaine de millions de dollars à l’étranger, à l’abri du fisc américain. Il s’en défend en affirmant que personne ne lui fera regretter d’avoir connu le succès en affaires, et d’avoir pris des dispositions légales pour protéger ses biens acquis. Légal, peut-être, mais sur le plan moral, exporter des fonds pour les soustraire au fisc du pays qu’on veut diriger, c’est discutable.
Quoi qu’il en soit, le président Barack Obama tient à réformer le système d’imposition de façon à ce que les gens fortunés paient en impôt le même pourcentage que les travailleurs. D’un taux d’imposition de 15 %, que Romney considère comme idéal, le président veut l’augmenter à 30 %. Il est appuyé dans cette initiative fiscale par le multimilliardaire Warren Buffet, qui justifie sa position en affirmant qu’il devrait payer le même pourcentage d’impôt que sa secrétaire…
La situation budgétaire des États-Unis est extrêmement difficile, comme vous le savez. D’où le besoin urgent de générer des revenus pour l’État fédéral. En ce sens, on peut établir un parallèle entre l’état des finances publiques du Nouveau-Brunswick et celles des États-Unis: le déficit budgétaire est important, et il faut que le gouvernement trouve de nouveaux revenus, parce que la compression des dépenses du gouvernement, à elle seule, ne réussira pas à équilibrer les finances publiques de la province.
La semaine dernière, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé une hausse de tarifs sur plusieurs des services offerts au public. C’est une initiative louable, mais qui ne nous rapproche pas de façon notable de l’équilibre budgétaire. De deux choses, l’une: ou le gouvernement abandonne son engagement à retrouver l’équilibre budgétaire, ou il renonce à sa promesse de ne pas augmenter les impôts. Les deux objectifs sont incompatibles, dans les circonstances actuelles.