L’espoir chinois

Hier, le premier ministre Stephen Harper s’envolait pour la Chine, devenue le deuxième partenaire commercial du Canada après les États-Unis.

En dix ans, selon le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, la valeur des échanges commerciaux entre le Canada et la Chine a triplé. En 2010, ces échanges commerciaux étaient évalués à 57,7 milliards de dollars. Si la Chine est un partenaire important pour le Canada, l’inverse n’est pas aussi crucial pour l’autre partenaire. En 2005, selon Statistique Canada, le Canada ne représentait qu’un pour cent des exportations chinoises, contre 21 % pour les États-Unis, 18 % pour l’Union européenne, et 12 % pour le Japon. Toutefois, les ressources naturelles du Canada intéressent au plus haut point les Chinois: le pétrole, le bois et les minerais comptent parmi les ressources dont a besoin la Chine. C’est probablement pour cette raison que parmi les pays membres de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), le Canada est le pays qui a connu, en pourcentage, la plus forte progression de ses exportations vers la Chine.

Si pendant un certain temps les importations canadiennes de produits chinois étaient dominées par le linge et les jouets, la réalité est toute différente au vingt et unième siècle. Le vêtement, par exemple, représentait en 1993 le tiers des importations canadiennes en provenance de la Chine; quatre ans plus tard, on en était à 8,2 %, et selon les derniers tableaux de Statistique Canada qui portent sur 2006, le vêtement et ses accessoires ne comptaient plus que pour 5,3 % des importations canadiennes de produits chinois. En 2006, la machinerie, des réacteurs et des chaudières importés par le Canada, était au premier rang de nos importations, pour une valeur de sept milliards de dollars (20,8 % des importations totales), suivie par l’équipement électronique et de sonorisation (6,7 milliards, 19,7 %). Le blé a longtemps dominé nos exportations vers la Chine. En 1997, les exportations de blé canadien en Chine étaient encore au premier rang, avec une valeur de 455 millions de dollars (18,9 % des exportations dans ce pays). Dix ans plus tard, il ne fait plus partie du palmarès des dix produits canadiens les plus exportés. C’est la pâte de bois qui l’avait remplacé en 2006 à la tête du palmarès (1,1 milliard de dollars), suivie des produits chimiques (881 millions), des ouvrages de nickel (641 millions) et des minerais (558 millions).

Les principaux médias du pays rapportaient hier que le premier ministre Harper a appris sa leçon: la Chine est un partenaire commercial trop important pour aller lui servir des leçons sur les droits de la personne. C’est ce que M. Harper avait fait vers la fin de 2006, une dizaine de mois après son accession au pouvoir. En 2009, lors de sa visite en Chine, il avait été plus discret sur cette question. La question des droits de la personne ne sera pas le seul sujet que le premier ministre canadien évitera d’aborder avec son homologue chinois, le premier ministre
Wen Jiabo. Au Conseil de sécurité des Nations Unies, samedi dernier, la Chine a voté avec la Russie contre la résolution de la Ligue arabe et l’Union européenne qui désiraient promouvoir un changement de régime en Syrie. Le président syrien, Bachar al-Assad, a tourné les canons de ses chars d’assaut contre son peuple qui, depuis le printemps dernier, revendique le respect des droits de la personne dans le pays. Les chiffres le démontrent, depuis 2006 la Chine n’a pas tenu rigueur au Canada pour «avoir osé» aborder la question des droits de la personne. Les échanges commerciaux entre les deux pays n’ont cessé de croître à un rythme accéléré.

Sans doute que le premier Canadien voudra rassurer son homologue à propos de la construction de l’oléoduc, contestée par plusieurs groupes de citoyens et de défense de l’environnement, devant faciliter le transport du pétrole albertain vers la Chine. Tout en vantant les produits pétroliers canadiens, il nous serait utile, en Atlantique, que M. Harper vante aussi la qualité des fruits de mer que nous produisons ici.