Laisser aller ou combattre

Au Nouveau-Brunswick, comme ailleurs au pays et dans le monde, de plus en plus de gens choisissent de vivre en milieu urbain. Avant l’ère industrielle, seulement 2,5 % de la population de la planète vivait en milieu urbain. En 1980, c’est 40 % de la population qui avait opté de vivre en ville. Aujourd’hui, c’est plus de 50 %.

Même si le Nouveau-Brunswick demeure l’une des provinces canadiennes les plus rurales au pays, elle n’échappe pas pour autant au phénomène d’urbanisation. Le dernier recensement confirme que la tendance est établie, ici, comme ailleurs au pays. Cette tendance démographique pose un dilemme pour tout gouvernement. À notre avis, trois voies s’offrent à un gouvernement quand il étudie les données qui décrivent les mouvements de sa population. Il peut choisir de ne rien faire et laisser la tendance se développer, au gré des fluctuations du marché de l’emploi. Il peut choisir de favoriser l’urbanisation et d’adopter des politiques qui l’accélèrent, ou il peut prendre les moyens qu’il croit les plus efficaces pour freiner l’urbanisation et permettre aux citoyens de demeurer en régions rurales.

Les deux premières voies sont les plus faciles. Ne rien faire, évidemment, ne demande pas d’effort et élimine la possibilité de se tromper. Quant à adopter des politiques favorisant l’urbanisation, c’est aussi une voie relativement facile, puisque le phénomène existe déjà sans l’intervention de l’État. Il s’agit, à ce moment, d’adopter des politiques judicieuses qui rendront le développement urbain mieux ordonné et qui viseront à protéger la qualité de vie des citoyens des villes.

Adopter des politiques qui visent à renverser une tendance lourde, comme l’urbanisation, constitue une tâche plus ardue. Elle nécessite une volonté politique ferme et, surtout, l’harmonisation des politiques gouvernementales qui convergent vers le même but.

À première vue, on peut juger que pour un gouvernement il serait avantageux de favoriser l’urbanisation parce qu’il est plus facile de desservir une population concentrée en termes de construction et d’entretien d’infrastructures. C’est une approche qui a été tentée à la fin des années soixante, où les gouvernements provinciaux, y compris le Nouveau-Brunswick avec l’aide du fédéral, avaient décidé de fermer les villages jugés trop onéreux à desservir pour le trésor public. Les autorités se sont vite rendu compte que de déraciner les gens se fait facilement sur papier, mais qu’en pratique, les gens peuvent avoir de bonnes raisons de vouloir rester sur les terres familiales, ne serait-ce que parce qu’elles leur offrent une autosuffisance impossible à réaliser en milieu urbain.

Au Nouveau-Brunswick, nous avons demandé au gouvernement provincial, sans enrayer l’urbanisation, de combattre l’abandon des régions rurales. C’est dû à la pression exercée par les citoyens si les deux principaux partis politiques de la province se sont livrés à la surenchère des fonds à consacrer au développement économique du Nord.

Toutefois, il faut plus qu’un programme d’appui au développement économique pour assurer le développement durable des régions rurales. Un gouvernement qui fermerait les écoles, négligerait le réseau routier en milieu rural et, par mesure d’économie, couperait les services essentiels, un à un, ne pourrait prétendre vouloir les développer.

Il faut, pour réussir le développement des régions rurales, une approche qui tient compte de tous les aspects de la vie des citoyens en région. Une éducation de qualité, l’accès raisonnable à des soins de santé dignes de ce nom, des centres décisionnels près des gens, une politique familiale bien ciblée, sont autant de mesures susceptibles de favoriser l’épanouissement des citoyens en milieu rural.

En ce sens, nous porterons une attention particulière aux décisions de notre gouvernement provincial, au prochain budget, dans l’optique d’identifier si elles sont cohérentes avec l’objectif de développer les régions moins peuplées de la province.