Sommes-nous accueillants?

Les touristes de passage chez nous pour un court séjour rapportent souvent que l’accueil chaleureux des régions acadiennes les a touchés et leur donne le goût de revenir. C’est plus difficile pour les gens d’autres pays qui ont opté de s’établir ici.

À la lecture du dossier sur l’immigration du journaliste Patrick Lacelle, publié dans notre édition de samedi, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’attitude que nous avons, comme société, à l’endroit des nouveaux arrivants. Pourtant, ce n’est pas parce que le Nouveau-Brunswick n’a pas besoin d’eux.

Dans un document du Secrétariat de la croissance démographique du gouvernement du Nouveau-Brunswick, on apprend que notre province compte un taux de fertilité plus bas que la moyenne nationale. C’est en partie ce qui explique que depuis le milieu des années 1990, la population de la province stagne à la barre de 
750 000 habitants. En ajoutant à cela le faible taux d’immigration, comparativement à d’autres provinces, il est facile de comprendre pourquoi notre population reste stable, alors que celle du Canada poursuit sa croissance.

Le recensement de 2011 nous apprenait qu’il y a dorénavant plus de population à l’ouest de l’Ontario, qu’on en compte à l’Est. Le boom des ressources naturelles dans les Prairies, notamment le pétrole en Alberta et la potasse et le gaz naturel en Saskatchewan, favorise l’accueil de nouveaux arrivants: on a besoin de main-d’œuvre. Comme on le sait, un fort contingent de travailleurs du nord du Nouveau-Brunswick trouve dans l’Ouest canadien des possibilités d’emplois qui font défaut ici. Toutefois, la migration de travailleurs de l’Atlantique vers l’Ouest ne suffit pas à expliquer la croissance démographique des provinces de l’Ouest, c’est évident.

Depuis déjà une vingtaine d’années, la Colombie-Britannique a connu une croissance importante de sa population en accueillant des immigrants de l’Asie. En Alberta, la croissance de l’industrie pétrolière engendre aussi une activité importante des secteurs industriels et commerciaux qui s’appuie sur le pivot stratégique que constitue cette industrie. L’effet multiplicateur ne se mesure pas seulement dans le domaine économique, mais aussi sur le plan démographique. Le revirement le plus spectaculaire est en Saskatchewan: en 2006, cette province des Prairies avait enregistré un déclin de sa population d’environ un pour cent. Cinq ans plus tard, elle a bénéficié d’une croissance démographique d’un peu plus de six pour cent.

La Saskatchewan a été très agressive sur le plan des campagnes médiatiques pour vanter les mérites de choisir de vivre là-bas: un accueil bien préparé, et des possibilités d’affaires et d’emploi bien ciblées.

La tâche est plus ardue au Nouveau-Brunswick. Là où le déclin démographique est le plus marqué, dans le nord de la province, les possibilités d’emplois et d’affaires sont difficiles. Les régions les plus affectées par le déclin démographique sont les moins bien nanties en atouts susceptibles d’attirer les immigrants.

Il reste que dans les pôles de croissance que sont nos trois principales régions métropolitaines, Moncton-Dieppe, Fredericton et Saint-Jean, l’économie est en bonne santé et elles pourraient par conséquent intéresser de nouveaux arrivants. Dans le discours officiel du gouvernement, on compte sur l’immigration pour faire croître la population de la province. Mais la population du Nouveau-Brunswick est-elle prête à accueillir les nouveaux arrivants, ou est-elle, dans les faits, fermée à l’idée de côtoyer de nouveaux visages, de nouvelles cultures? Certains immigrants vous diront qu’elle ne l’est pas encore tout à fait.

Et puis, il y a un autre problème lié à l’immigration. Mise à part la région de Moncton-Dieppe, les pôles de croissance du Nouveau-Brunswick sont à majorité anglophone où très peu d’incitatifs sont en place pour y attirer des immigrants francophones. Si le Nouveau-Brunswick réussit le pari de l’immigration, saura-t-il éviter d’accroître indument la population anglophone de la province, ce qui contribuerait, en cas d’échec, à marginaliser la population acadienne et francophone de la province?

Avoir des programmes pour préparer les immigrants à s’adapter à notre milieu, c’est bien. Mais force est de constater qu’il faudrait aussi élargir la perspective pour préparer le milieu à accueillir les immigrants.