Harper mise et gagne en Chine

La forte délégation de gens d’affaires canadiens, qui ont assisté au cinquième forum d’affaires Canada-Chine, compte plusieurs chefs d’entreprises canadiens heureux des traités et des ententes que le premier ministre Stephen Harper a paraphés avec la Chine la semaine dernière. On estime la valeur des ententes commerciales signées durant le voyage du premier ministre canadien en Chine à trois milliards de dollars.

Selon un site web dédié aux entrepreneurs qui cherchent des occasions d’affaires avec le gouvernement canadien, en 2010 les investissements canadiens en Chine avaient une valeur de cinq milliards de dollars, alors que les investissements chinois au Canada sont évalués à quatorze milliards pour la même année. Rappelons que la Chine est devenue le partenaire commercial le plus important du Canada, après les États-Unis.

En suivant les déclarations du premier ministre Harper durant son voyage, il nous apparaît clair qu’il avait personnellement supervisé le développement des points de négociations à rendre finales durant sa mission en Chine. Entre la dernière rencontre avec la Chine en 2009, et celle qui vient de se terminer, le gouvernement canadien a ciblé des priorités sur lesquelles on voulait absolument s’entendre.

Le secteur énergétique, il ne fallait pas s’en surprendre, a été à l’avant-plan des ententes qu’on voulait prioriser. Il n’y a pas que le secteur pétrolier de l’Alberta qui profitera des retombées des ententes signées durant la mission, mais aussi le secteur de l’uranium, au grand plaisir de la Saskatchewan, qui devraient faire des avancées significatives en Chine.

Parmi la multitude d’ententes convenues entre les deux pays, un projet de protocole d’entente sur les pêches a été déposé pour examen. Le site web du gouvernement du Canada précise que le protocole d’entente sur les pêches devrait être signé officiellement au cours de 2012. Il y aura cependant peu de retombées économiques directes pour l’industrie des pêches dans ce protocole. Celui-ci porte davantage sur une approche à la recherche scientifique sur les fonds marins et les océans, sur la gestion des ressources de la mer, sur l’élimination du commerce de produits interdits et il touchera aussi la gestion de l’aquaculture.

Nous avions parié, la semaine dernière, que M. Harper s’abstiendrait, cette fois, d’aborder la question des droits de la personne. La première fois que M. Harper avait rencontré les autorités chinoises, ici au Canada, il avait suscité une réaction vive de la Chine pour avoir sermonné celle-ci à propos du traitement réservé aux dissidents.

Cette fois, le premier ministre a déclaré à la presse que les discussions sur cette question avaient été tenues en privé avec son homologue chinois… et qu’elles resteraient privées. Rien n’a transpiré dans la presse à propos des échanges qu’aurait pu avoir M. Harper sur la question des droits de la personne. On peut toutefois conclure, à en juger par les commentaires des autorités chinoises à propos de la visite de M. Harper, que si celui-ci a effectivement abordé la question, rien de significatif n’en est ressorti. Durant le voyage, M. Harper a parlé de la question des droits de la personne une seule fois, rapporte le Globe and Mail; aucun représentant officiel du gouvernement chinois n’était dans la salle…

Cette mission diplomatique du premier ministre Harper visait des résultats avant tout économiques. De ce point de vue, c’est une mission réussie. M. Harper en revient avec le sentiment du devoir bien accompli. Vu de la perspective des objectifs du voyage, c’est effectivement un succès.

Sur le plan idéologique, mise à part la question de la primauté du droit, il s’effectue un rapprochement idéologique entre la Chine et le Canada. Les positions du Canada sur la question des changements climatiques sont beaucoup plus près de celles de la Chine que celles des alliés traditionnels du Canada que sont la plupart des pays d’Europe. Et puis, il semble que le gouvernement canadien s’apprête à exercer sur Internet des activités de surveillance de l’activité des internautes qui se rapproche, malheureusement, des pratiques en cours en Chine depuis longtemps.