La fin des petits arénas

Les élus et les citoyens de Richibucto ont subi un dur coup, cette semaine, alors que le gouvernement fédéral a annoncé qu’il n’avait aucune intention de financer leur projet de centre multifonctionnel à travers l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA).

Richibucto veut construire un centre de 9,5 millions $ pour remplacer son aréna, qui a été victime d’un incendie. Outre une patinoire, les élus veulent inclure au projet un salon de quilles et une piste de marche.

Or, voilà qu’Ottawa dit non au grand projet, et ce, même s’il a investi 4 millions $ en janvier dans l’agrandissement de l’aréna de Woodstock (d’où est originaire le premier ministre, David Alward). Et Richibucto n’est pas la seule communauté dans cette situation. Tant au Nouveau-Brunswick qu’ailleurs au Canada, un nombre grandissant de municipalités apprennent que le fédéral ne subventionnera pas leur projet d’amphithéâtre, au nom de restrictions budgétaires.

En Acadie, la plupart des arénas ont été construits à la fin des années 1960 ou au tout début des années 1970. À l’époque, le gouvernement canadien cherchait une façon durable de célébrer le premier centenaire de la Confédération de 1867. Un programme de construction d’arénas avait alors été mis sur pied. De nombreux villages et villes, dont la population n’atteignait souvent pas 1000 âmes, et qui n’auraient jamais eu les moyens de se payer une telle infrastructure, ont ainsi pu ériger un colisée, un forum, etc.

Près d’un demi-siècle plus tard, la plupart de ces infrastructures sportives arrivent à la fin de leur durée de vie. Elles ont besoin de réparations ou carrément d’être remplacées. Et les petites communautés n’ont pas plus les moyens financiers d’y arriver seules qu’il y a 45 ans.

C’est là qu’entre en jeu la politique. Le gouvernement de Stephen Harper a refusé de financer la construction d’un nouveau colisée à Québec, à la suite d’un débat très public. À la suite de cette décision, il a annoncé qu’il ne subventionnera pas la construction d’amphithéâtres devant servir pour le sport professionnel. Dans la logique fédérale, le hockey junior fait partie de cette définition. Et voilà que maintenant, même les projets strictement communautaires éprouvent des difficultés à arracher du financement.

Au Nouveau-Brunswick, une des premières victimes de ce changement de cap fédéral a été la Ville de Moncton, qui souhaite construire dans son centre-ville un amphithéâtre de 100 millions $. Moncton avait déjà eu de l’aide fédérale pour construire son Centre 4-glaces. Cette fois, elle s’est fait dire non.

La grande cité du Sud-Est devra donc aller de l’avant sans l’aide d’Ottawa, un peu comme le fera la Ville de Laval, au Québec. Là-bas, le gouvernement Harper avait promis d’injecter 15 millions $ dans un projet d’aréna (trois patinoires, dont une entourée de 10 000 sièges) avant de revenir sur sa parole. Laval va donc absorber elle-même cette facture, avec l’aide d’un partenaire financier, evenko, qui paiera un loyer de 1 million $ par année, et en vendant le nom de l’amphithéâtre (devenu la Place Bell).

Le problème, évidemment, c’est que ce ne sont pas toutes les communautés qui ont les moyens de procéder sans l’aide d’un palier de gouvernement. En fait, si Ottawa ne collabore pas, la plupart des communautés acadiennes perdront leur aréna à moyen terme, sans possibilité de le rénover ou de le remplacer.

Le gouvernement du Canada ne doit pas avoir les mêmes critères pour décider du financement de nos arénas que ceux qu’il utilise pour les mégaprojets des grands centres urbains. Après tout, aucune équipe de hockeyeurs multimillionnaires ne patinera de sitôt à Lamèque, à Grande-Anse, à Baie-Sainte-Anne, à Richibucto, à Dieppe, etc.

Par ailleurs, les élus municipaux du N.-B. doivent aussi entreprendre une réflexion en profondeur sur le sujet.

De la même manière que les écoles locales ferment leurs portes au profit d’écoles régionales, le moment est peut-être venu de s’unir pour construire un amphithéâtre moderne là où il y a présentement trois ou quatre arénas vieillots dans autant de villages.

La dépopulation, de même que le désengagement financier du gouvernement, nous forceront peut-être collectivement la main.