La hargne et les bonnes nouvelles

Cette semaine, les communautés du littoral du Nouveau-Brunswick et des autres provinces bordant le sud du golfe du Saint-Laurent ont sans doute accueilli avec soulagement la nouvelle que le contingent de crabe des neiges allait probablement augmenter substantiellement.

Nous écrivons probablement parce que ce n’est pas encore officiel. Avant d’officialiser le nouveau contingent de crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent, il faut que les données scientifiques et l’avis qui en découle soient discutés au Comité consultatif, dont les recommandations seront soumises au ministre des Pêches et des Océans du Canada qui sera conseillé par ses fonctionnaires pour déterminer, finalement, le total des captures qui sera autorisé pour la saison de pêche 2012.

Nous écrivons probablement aussi parce que l’avis scientifique portant sur la saison de pêche 2012 n’est pas encore disponible au public. Cet avis scientifique a été discuté récemment lors de la réunion de la revue par les pairs. Cette réunion consiste en un exercice pendant lequel les données scientifiques, recueillies et interprétées par les biologistes du ministère, sont soumises à l’examen d’autres scientifiques et aux représentants de l’industrie des pêches du crabe. Les participants à cette réunion sont avisés, chaque année, que les données et l’ébauche de l’avis scientifique présentés à cette réunion doivent rester confidentiels. Cette année, un ou des participants ont décidé de ne pas respecter cette directive et l’essentiel des données portant sur la saison de pêche 2012 a été refilé à la presse.

La fuite de cette information coulée à la presse n’est pas grave en soi. Elle ne fait que témoigner de l’empressement de certains groupes de l’industrie à vouloir faire mal paraître le ministère. Puisque l’avis scientifique confirme une hausse des stocks, qui se traduira par une hausse probablement importante du contingent de crabe disponible aux pêcheurs, certains groupes voulaient envoyer un message: nous avions dit au ministère et au public que le stock n’était pas en danger, que les contingents des deux dernières années avaient été fixés à des niveaux artificiellement bas.

En 2009, les captures de crabe dans la zone 12 (la plus grande partie du sud du golfe) se chiffraient à 20 896 tonnes, alors qu’après la diminution imposée par le ministère pour 2010, les débarquements se sont limités à 7719 tonnes. L’an dernier, des associations de pêcheurs de crabe avaient remis en question la méthodologie employée par les scientifiques du ministère, une méthodologie qui avait empêché de justifier l’augmentation de contingent que souhaitaient la majorité des regroupements de pêcheurs.

En fait, dans les avis scientifiques des deux dernières années, il y avait de bonnes nouvelles: on avait observé une bonne quantité de crabes juvéniles qui constituait une bonne partie du stock de crabe des neiges du sud du golfe. Il s’agissait d’attendre que ces jeunes crabes arrivent à maturité avant d’être pêchés. Il semble que nous y voici arrivés.

En particulier depuis 2003, l’année où le ministre fédéral des Pêches, Robert Thibault, avait autorisé un partage permanent de 15 % aux pêcheurs côtiers, les rapports entre le ministère fédéral et les crabiers traditionnels sont très acrimonieux. L’argent des propriétaires de bateaux qui servait auparavant à contribuer au financement des études scientifiques est versé, depuis 2004, à des avocats pour poursuivre le ministère. Après toutes sortes de tergiversations procédurales, il semble que le ministère fédéral et un groupe de 93 crabiers se retrouveront finalement en procès d’ici quelques mois.

Il est temps que ce procès, où ces crabiers traditionnels poursuivent pour une centaine de millions de dollars le ministère à la suite de la décision du ministre Thibault de partager le crabe avec les flottilles côtières, ait lieu et que la question soit réglée une fois pour toutes. Une fois ce procès passé, peut-être que les bonnes nouvelles, comme celle anticipée pour 2012 et les années subséquentes, seront moins imprégnées de la hargne permanente qui parfume les relations entre le ministère et les pêcheurs de crabe.