La complaisance

L’intérêt manifesté au cours des dernières semaines par une société d’exploitation gazière dans le comté de Kent a relancé de plus belle le débat et les appréhensions à propos de l’exploitation du gaz de schiste.

L’opposition officielle demande au gouvernement de rendre public le cadre règlementaire envisagé pour contrôler les activités de l’industrie du gaz de schiste. Si c’est une demande légitime, qui intéresse certainement les citoyens qui craignent l’envahissement de leur communauté par l’industrie, elle n’est pas suffisante.

La valeur d’un cadre règlementaire n’est valable que si les autorités qui en sont responsables ont non seulement la volonté manifeste de le faire respecter, mais si elles démontrent aussi la capacité de le réaliser. Tout en réclamant à juste titre que les éléments du cadre règlementaire soient dévoilés, il faut aussi réclamer du gouvernement provincial qu’il expose aux citoyens les moyens concrets qu’il prendra pour surveiller la conformité des activités entreprises par l’industrie. Par exemple, qui vérifiera, et avec quelles compétences, l’étanchéité des joints de tuyaux qui traversent les nappes phréatiques? Du même acabit, par qui et avec quelles compétences vérifiera-t-on la capacité de retenir sans imprégner le sol des millions de litres d’eaux usées utilisées pour la fracturation hydraulique, grâce à laquelle ont peut libérer le gaz naturel des roches de schiste? Ce ne sont là que deux exemples parmi une foule de questions à poser avant d’accepter le développement de cette industrie dans nos contrées.

À cet égard, le gouvernement du Nouveau-Brunswick souffre d’un déficit de crédibilité, acquis tant par son discours, résolument favorable au développement de l’industrie dans la province, que par le genre d’informations qu’il diffuse au sujet de l’industrie et de ses pratiques.

Dans de tels débats, d’un côté comme de l’autre, il existe un danger réel de surenchère verbale, et d’attaques gratuites et sans fondements.

Parmi ceux qui s’intéressent à la question du gaz de schiste, ils sont nombreux à avoir vu le film Gasland, un documentaire indépendant produit par un Américain de la Pennsylvanie préoccupé par le sort que cette industrie pourrait réserver à sa terre natale. La préoccupation de l’auteur a pris racine quand il a reçu une offre qui lui aurait valu une centaine de milliers de dollars de revenus. Ignorant des tenants et aboutissants de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste, il est parti à travers l’Amérique pour s’entretenir avec des gens qui ont eu à vivre avec les conséquences du développement de cette industrie, tant en Pennsylvanie qu’au Colorado et dans d’autres États américains.

La conclusion du film ne plaît pas, c’est compréhensible, aux gens de l’industrie et à ceux qui l’appuient: l’auteur a décidé de ne pas accepter l’offre de la société gazière, jugeant que le risque est trop grand.

Ce qu’on reproche habituellement à ce film, c’est qu’il ne montre «qu’un côté de la médaille». Selon les réactions que nous avons été en mesure de lire dans les médias écrits ou d’entendre dans les médias électroniques, l’industrie gazière et ses partisans ont attaqué la crédibilité de ce documentaire, sans fournir d’explications précises sur les mesures qui ont été prises pour enrayer les conséquences de l’exploitation du gaz de schiste qui y sont décrites. C’est une erreur.

S’il est vrai que le film du réalisateur Josh Fox ne documente que les cas cauchemardesques des conséquences de l’exploitation du gaz de schiste, il demeure que les problèmes qui y sont décrits existent bel et bien, et cela, dans plusieurs États américains. Ce n’est pas pour rien qu’il a remporté en 2010 le prix du jury comme meilleur documentaire au prestigieux Festival du film Sundance. Qu’on nous explique les solutions trouvées et éprouvées pour éviter ce que décrit le documentaire, et nous serons peut-être plus enclins à voir l’industrie du gaz de schiste d’un œil plus favorable.