Faire le deuil de son école

Des centaines de parents et d’élèves sont toujours sous le choc, aujourd’hui, dans la Péninsule acadienne, après avoir appris il y a quelques jours que leur école fermera définitivement à la fin de l’année scolaire. Comme ça, avec un préavis d’à peine quelques mois, ils doivent accepter l’inévitable.

Les écoles Le Maillon de Saint-Léolin et L’Amitié de Rivière-du-Portage accueilleront les enfants pour la dernière fois en juin. Ils seront ensuite transférés en septembre dans les écoles Léandre-LeGresley de Grande-Anse et La Villa des Amis de Tracadie Beach.

Dans ce dossier, le ministère de l’Éducation marche visiblement sur des oeufs. L’annonce a été rendue publique sans crier gare, en soirée (donc après la fermeture des bureaux du ministère et du district scolaire).

De plus, le ministre Jody Carr a rendu sa décision plus de six mois après avoir mis le dossier sur la glace, en raison des critiques formulées par les parents et les communautés touchées par les changements à venir. Il laissait alors entendre que tout le processus sur l’avenir des petites écoles de la Péninsule acadienne serait révisé. Or, toutes les recommandations du district scolaire ont finalement été adoptées.

Le sort de l’école Ola-Léger de Bertrand nous laisse particulièrement perplexes. L’établissement reste ouvert, mais se verra amputé d’une partie importante de ses élèves (ceux qui vivent à Maisonnette, où il n’y a pas d’école), qui étudieront dorénavant à Grande-Anse. De plus, aucune réparation majeure n’aura lieu durant cinq ans.

Le ministère de l’Éducation offrira aux gens de Bertrand ainsi une école vieillissante, amputée d’une bonne partie de sa population d’élèves, qui se détériorera au cours des prochaines années, et qui comprendra sans l’ombre d’un doute des classes à niveaux multiples.

Nous ne sommes pas dupes. Pour une raison ou une autre, Fredericton n’a pas eu le courage de fermer une troisième école dans la même région. Il tente donc de le faire par la porte d’en arrière. Il est probable que dès septembre, de nombreux parents de Bertrand choisiront, face à cette situation, d’envoyer leurs enfants ailleurs. Dans cinq ans, et peut-être plus vite encore, cette école ne sera elle aussi plus qu’un souvenir.

À moins du succès illusoire d’une lutte publique ou d’un recours judiciaire, le sort de ces trois établissements est déjà scellé.

La fermeture d’une école est vécue comme un deuil, particulièrement dans les petites communautés où elle est vue comme l’une des principales sources de vitalité du village. Les parents qui se battent aujourd’hui pour sauver l’école de leur enfant ont souvent fréquenté celle-ci quand ils étaient eux-mêmes de jeunes bambins.

Par contre, il est clair que la démographie ne joue pas en faveur de ceux-ci. Les récents chiffres du recensement 2011 le confirment une nouvelle fois: les gens désertent les petites localités pour habiter en ville.

Malgré la force des chiffres, le gouvernement provincial a le devoir d’être plus clair dans ses politiques. Les parents des trois écoles touchées par la décision du ministre Carr ont en commun le fait qu’ils ont été pris par surprise. Certaines écoles plus petites ou plus vieilles ont été épargnées. Pourquoi pas elles? Pourquoi à Rivière-du-Portage, Saint-Léolin et Bertrand? Et pourquoi maintenant?

Le ministère aurait avantage à être plus transparent. Existe-t-il un seuil critique d’élèves, un chiffre magique en deçà duquel une école n’est plus considérée comme viable? Quelle importance est accordée à son état (un point particulièrement crucial à Bertrand) ou à son emplacement géographique (le gouvernement entend construire une nouvelle école anglophone à Tabusintac, où l’on ne retrouve qu’une centaine d’élèves) au moment où une décision est prise? N’y aurait-il pas lieu de rendre publique une liste d’écoles dont l’avenir pourrait être menacé, disons, sur une période de 10 ans?

Il est important que les communautés puissent voir à l’horizon ce qui les attend. Qui sait si certaines d’entre elles seront même capables de prendre des mesures pour revitaliser leur école avant qu’il ne soit trop tard.