Le prix de la dénatalité

 Ce n’est pas d’hier que nous avons été prévenus que le vieillissement de la population canadienne allait inévitablement créer un problème de taille avec les fonds de retraite, qu’ils soient privés ou publics. Deux facteurs jouent contre les fonds de retraite: l’espérance de vie a sensiblement augmenté au cours des dernières décennies, et depuis les années soixante la taille des familles a considérablement diminué.
Au vieillissement de la population, il faut aussi ajouter les épreuves difficiles qu’ont traversées les marchés boursiers au cours des quinze dernières années. Après des taux de croissance constants, les fonds de retraite privés ont été coincés par quelques événements majeurs sur les marchés, des événements qui ont fait fondre des gains, et qui ont bouleversé les prévisions sur lesquelles les fonds de retraite avaient été planifiés.
Hier, on pouvait lire dans nos pages les déclarations ambigües de la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley, à propos du régime de retraite public, le régime de pension du Canada. La Presse Canadienne rapportait en effet le discours prononcé par Mme Finley à Toronto. Nous savons, tant à partir du discours de Mme Finley que des déclarations du premier ministre canadien à Devos, en Suisse, sur le régime public de retraite, que le gouvernement envisage de le réformer en profondeur. Il est toutefois moins clair en quoi consistera la réforme, qui sera affecté et de quelle façon. Il y a quelques pistes, cependant.
Les gens qui sont déjà bénéficiaires des prestations de retraite du régime de pension du Canada ne seraient pas touchés. Ce sont les plus jeunes qui pourraient avoir à assumer davantage de responsabilité pour préparer leur retraite, qui, si on se fie au peu d’informations partagées par Mme Finley, pourraient devoir attendre plus longtemps avant d’être admissibles à des prestations de retraite du régime public.
Tant le premier ministre Harper que sa ministre des Ressources humaines affirment que le gouvernement fédéral n’a pas le choix. Le gouvernement affirme que le régime de pension est insoutenable dans sa forme actuelle.
Selon un document de travail réalisé pour le compte de l’Organisation de coopération et de développement économiques en 1997, le premier facteur crucial pour déterminer «un régime de retraite le plus approprié à un pays… dépend des convictions de la population quant au rôle du gouvernement dans la société».
Comme le gouvernement nous maintient volontairement dans le noir sur les réformes qu’il envisage, il prive les citoyens canadiens du droit de s’exprimer sur le régime de pension public souhaitable. Il prive les citoyens d’informations clés qui pourraient nous permettre d’avoir à choisir, par exemple, de payer plus d’impôt pour maintenir ou bonifier le régime public, ou opter plutôt pour un régime privé, mais en payant moins d’impôt.
Si l’avenir du régime de pension du Canada avait été au coeur de la dernière campagne électorale fédérale, le gouvernement Harper pourrait nous rappeler avoir obtenu un mandat clair sur la question. Mais ce n’est pas le cas. Qui se rappelle avoir entendu un débat sur le régime public de pension au Canada?
Si nous convenons avec le gouvernement Harper que la situation démographique du pays l’oblige à réévaluer le régime de pension du Canada en fonction de notre réalité actuelle et future, nous condamnons son approche.
Quand la ministre Finley déclare que «le prochain budget d’Ottawa réformera de façon importante la sécurité de la vieillesse», elle nous annonce que les contribuables et les lecteurs du pays n’auront pas l’opportunité de se prononcer sur le prochain régime. Agir sans mandat obtenu des citoyens, c’est manquer au devoir élémentaire d’un gouvernement démocratique. Après tout, le régime public de pension est constitué avec l’argent des contribuables, ils devraient donc avoir leur mot à dire sur son avenir.