Remaniement minime, résultats minimes

Il fallait s’attendre à un miniremaniement du cabinet Alward. Le ministre de l’Énergie, Craig Leonard, s’est retrouvé dans une position intenable quand sa soeur a accepté un poste de lobbyiste pour l’industrie gazière, au coeur de la controverse suscitée par l’exploitation du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre Alward a profité de l’impérative nécessité de muter son ministre de l’Énergie pour restructurer son gouvernement: il crée un super ministère, le ministère des Services gouvernementaux, il abolit Communications Nouveau-Brunswick, et il retourne le ministère de l’Environnement à celui des Gouvernements locaux. La restructuration, qui entrera en vigueur le 15 mars, prévoit aussi l’intégration d’Entreprises Nouveau-Brunswick au ministère du Développement économique, alors que les Affaires intergouvernementales et autochtones se retrouvent dorénavant sous l’autorité du Bureau du conseil exécutif. Cinq postes de sous-ministres sont ainsi abolis; ils seront 23 plutôt que 28. Le premier ministre Alward a du même coup muté neuf hauts fonctionnaires, huit sous-ministres qui changent de responsabilités, et un sous-ministre adjoint qui accède à un poste de sous-ministre.

Si le remaniement n’a pas suscité de commentaires sur les sites web des médias de langue française, une cinquantaine de commentaires sur le site de CBC New Brunswick débattent de la question. Sommairement résumés, la majorité des commentaires jugent que le remaniement n’est qu’un écran de fumée. Toutefois, certains points de vue sont alimentés par de fausses informations. Ainsi, à quelques reprises, les commentaires estiment que le premier ministre Alward devrait renvoyer plus de fonctionnaires chez eux parce que ça n’a pas de bon sens d’avoir
55 000 fonctionnaires dans une si petite province. Effectivement, c’est beaucoup trop, mais le problème réel c’est que le chiffre est faux: selon Statistique Canada, il y aurait un peu moins de 11 000 fonctionnaires provinciaux au Gouvernement du Nouveau-Brunswick, un peu plus, selon les chiffres du gouvernement provincial.

Comme le souligne l’Association francophone des municipalités, le moment est mal choisi pour alourdir la charge de travail du ministre des Gouvernements locaux, Bruce Fitch, et cela pour deux raisons.

Avant la restructuration de son ministère, M. Fitch avait annoncé une réforme de la gouvernance locale qui tombait sérieusement à court des attentes de la très grande majorité des municipalités de la province.
Loin de régler le problème, après l’annonce de la réforme de la gouvernance locale par le ministre des Gouvernements locaux, la déficience du monde municipal reste entière au Nouveau-Brunswick.

Sur le plan de l’environnement, M. Fitch devra faire face aux plaintes et à l’appréhension des communautés où l’industrie gazière veut s’installer pour explorer et exploiter les gisements de gaz de schiste. Piloter l’avènement d’un cadre réglementaire, apte à assurer une exploitation responsable du gaz de schiste dans la province, aurait été en soi une lourde tâche pour le ministre de l’Environnement. Nous risquons plutôt de voir deux dossiers importants être bâclés, et par conséquent, insignifiants: la gouvernance locale et le cadre réglementaire sur le gaz de schiste.

Bien que l’annonce de ce remaniement soit enrobée d’un vocabulaire qui se veut décidément dynamique pour exprimer un changement de cap important, nous n’arrivons pas à nous en convaincre. Nous jugeons plutôt que c’est un prélude aux mesures qui seront annoncées au dévoilement du budget, le 27 mars.

Ces mesures, selon les signaux persistants du gouvernement, restent alignées sur quelques axes: compressions des dépenses du gouvernement, amaigrissement des ressources humaines à la fonction publique, centralisation des services desquels on espère tirer des économies d’échelle.

Oubliées sont les priorités en matière de qualité du système public de l’éducation, d’accès plus facile à l’éducation postsecondaire, de participation accrue des citoyens à la gestion des affaires publiques du Nouveau-Brunswick. L’état des carences des services publics persiste.