La décision sensée

L’Autorité aéroportuaire du nord du Nouveau-Brunswick a révisé ses plans quant à l’avenir de l’aéroport de Bathurst. Dans le contexte actuel des finances publiques, c’était la décision la plus sensée.

Quand la directrice générale de l’Aéroport régional de Bathurst déclare à notre journaliste Béatrice Seymour qu’«investir de 60 à 70 millions $ dans un nouvel aéroport était insensé…», Jennifer Henry a tout à fait raison.

Et quand le ministre responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, Bernard Valcourt, juge qu’il «va falloir se parler franchement» à propos d’une stratégie d’investissement en matière de transport aérien, il vise juste. «Éparpiller les ressources financières» dans ce secteur, étant donné la population relativement faible à desservir et la difficulté de maintenir des activités viables et durables, ce n’est évidemment pas la voie à suivre. Il rejoint ce que nous avions écrit il y a cinq ans: «Vouloir, chacun de son côté, développer «son» aéroport, c’est peut-être le meilleur moyen de le perdre. Identifier précisément le potentiel de chaque aéroport et les besoins de sa région immédiate, coordonner l’activité des aéroports dans le cadre d’une planification globale du service aérien de la grande région, c’est se donner une chance de soutenir à moyen et long terme un service aérien dans le Nord.» (1) Toutefois, le consensus régional sur une vision globale du transport aérien est difficile à atteindre. Justement, il y a cinq ans, les administrateurs de l’aéroport de Bathurst avaient tenté de développer avec ceux de Charlo et de Miramichi une approche régionale, mais personne ne semblait disposé à vouloir laisser Bathurst continuer à développer le transport des passagers; on voulait se partager la tarte, plutôt que d’en pétrir de nouvelles. C’est un peu ce que déplore le ministre Valcourt.

Les administrateurs de l’aéroport de Bathurst ont été patients. Privés d’aide financière substantielle, ils ont dû pallier les carences de leur aéroport, lentement, pas à pas. C’est leur détermination et leur persistance qui leur a valu le coup de chapeau que leur tire le ministre Valcourt.

Malheureusement, bien que le projet de modernisation actuel, évalué à 10 millions $, soit réaliste et développé selon les conditions actuelles du marché et de l’achalandage établi, les gouvernements restent sur la ligne de touche.

Tout semble indiquer que le plan d’affaires de l’aéroport de Bathurst «tient la route», pour reprendre l’expression employée par le ministre du Développement économique, Paul Robichaud. Il est tout à fait légitime que le gouvernement provincial veuille en faire une «évaluation exhaustive». Mais même si cette évaluation approfondie concluait à la viabilité du projet, le gouvernement provincial ne bougera pas si le fédéral ne s’engage pas. Au fédéral, le ministre Valcourt renvoie la balle à Transport Canada, ce qui est aussi logique en matière de juridiction, mais en prévenant les intervenants que malheureusement le moment est mal choisi parce que «nous devons, au niveau fédéral tout comme au niveau provincial, équilibrer notre budget», c’est une façon de dire que le financement ne viendra pas.

Dans une perspective du développement d’une infrastructure aussi stratégique pour appuyer des efforts de croissance économique d’une région, nous avons de la difficulté à concilier le discours politique qui reconnaît l’importance du développement d’un aéroport pour sa croissance économique, tout en invoquant tous les arguments à leur portée pour expliquer qu’ils n’investiront pas l’argent nécessaire pour réaliser le projet. Car, au bout du compte, c’est le message que nous retenons des déclarations tant du gouvernement provincial que fédéral.

Nous avons également beaucoup de difficulté à accepter que les deux paliers de gouvernement veuillent nous faire croire que la dizaine de millions de dollars nécessaires à la réalisation du projet de modernisation de l’aéroport de Bathurst est hors de portée de leur bourse. Si cette frilosité à l’action concrète se perpétue, nous continuerons de lire ce que rapportait hier La Presse Canadienne: «En Atlantique, le Nouveau-Brunswick est la seule province où le taux de chômage a progressé.»

(1) «Voler ensemble», éditorial publié le 15 février 2007