Gaz naturel: le N.-B. s’est-il fait avoir?

Quand le gaz naturel, tiré du gisement de l’île de Sable, est arrivé au Nouveau-Brunswick, le gouvernement McKenna a voulu en faire profiter la province. On croyait, à l’époque, que le prix avantageux du gaz naturel allait bénéficier tant aux entreprises de la province qu’aux consommateurs domestiques.

On pressentait à l’époque, à juste titre, que le gaz naturel allait représenter une source d’énergie plus économique. Nous écrivons à juste titre parce que, en quelques années, le prix du gaz naturel est passé d’une moyenne de 12 $ le mètre cube à environ 3,50 $.

Quoi qu’il en soit, c’est dans cet esprit d’économie de prix d’énergie que le gouvernement provincial avait entamé des pourparlers avec la société gazière Enbridge pour développer un système de distribution du gaz naturel dans les principaux centres urbains du Nouveau-Brunswick, c’est-à-dire les régions de Saint-Jean, Fredericton et Moncton. On voulait profiter de l’avantage pour le Nouveau-Brunswick que pouvait constituer le passage du gazoduc principal approvisionnant le centre du pays en gaz naturel à partir de Saint-Jean.

Construire et entretenir un réseau de distribution de gaz naturel implique des investissements importants. Il fallait convaincre un acteur important pour s’embarquer dans l’aventure du gaz naturel au Nouveau-Brunswick. C’est pourquoi le gouvernement s’est tourné vers la société Enbridge inc., une société canadienne cotée en bourse dont les actifs actuels au Canada sont évalués à une trentaine de milliards de dollars. Enbridge était déjà impliquée dans la distribution du gaz naturel aux consommateurs (domestiques, industriels et commerciaux) au Québec, en Ontario et aux États-Unis.

Enbridge a préparé un plan d’affaires dans lequel elle évaluait les coûts de construction et d’entretien d’un réseau de distribution. Elle a estimé le nombre d’abonnés à son réseau de distribution, elle a proposé une carte de tarifs selon les types de consommateurs à desservir et elle a évalué combien de temps il lui faudrait pour récupérer son investissement dans le réseau de distribution.

Pour résumer une entente relativement complexe, disons simplement que l’entente entre le gouvernement provincial et la société gazière permettait à celle-ci d’incorporer à ses tarifs une part qui allait servir à récupérer son investissement, pour autant que le tarif représente une économie par rapport aux autres sources d’énergie disponibles au Nouveau-Brunswick.

Le problème, c’est que la société Enbridge est tombée très à court de ses prévisions quant au nombre d’abonnés sur lesquels elle comptait rentabiliser son exploitation. En ce moment, il devait y avoir une vingtaine de mille abonnés; ils ne sont que 11 000. En vertu de l’entente, cette situation a un double impact: les revenus d’exploitation sont bien inférieurs aux prévisions, et les sommes visant à recouvrer l’investissement ratent le rendez-vous. Le résultat est triste: le manque à gagner retombe en grande partie sur les gens et les sociétés qui se sont convertis au gaz naturel, les privant ainsi des avantages qu’ils devaient tirer en optant pour le gaz naturel comme source d’énergie.

C’est pour corriger cette injustice à l’endroit des abonnés du gaz naturel au Nouveau-Brunswick que le gouvernement Alward a décidé de modifier la réglementation portant sur l’établissement des tarifs du gaz naturel.

À en juger par la réaction de la société gazière, la nouvelle réglementation la prive de la couverture de protection qu’elle s’était donnée en ayant la permission d’incorporer dans la structure du prix aux consommateurs le recouvrement de ses investissements.

Il est profondément injuste pour les consommateurs de gaz naturel au Nouveau-Brunswick qu’ils aient à payer pour les prévisions trop optimistes d’Enbridge. En ce sens, si le résultat de la modification de la réglementation met un terme à l’escalade du prix imposée aux consommateurs, le gouvernement Alward a pris la bonne décision. La société gazière a les moyens de payer pour les prévisions erronées qu’elle a soumises au gouvernement à la fin du siècle dernier. C’est sa responsabilité, qu’elle l’assume.