Jamais trop tard

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on. C’est exactement ce qui vient de se produire à Cap-Pelé.

Pendant un peu moins de deux semaines, le Village de Cap-Pelé a été au centre d’une tempête médiatique comme il n’en a peut-être jamais vu au cours de son histoire. Les révélations de plusieurs personnes qui affirment avoir été agressées sexuellement par un ancien curé de la paroisse, le père Camille Léger, ou qui indiquent connaître des victimes, ont fait les manchettes en Acadie.

Le père Léger, il est important de le rappeler une nouvelle fois, est décédé en 1990. Les accusations qui ont été portées contre lui sur la place publique dans les derniers jours n’ont jamais été prouvées en cour.

Malgré cela, les témoignages sont suffisamment nombreux, variés et crédibles pour que les élus municipaux du village aient décidé d’organiser un référendum afin de déterminer si l’aréna local doit cesser de porter le nom du curé aujourd’hui au centre de toutes les accusations.

Nous l’avons écrit en éditorial la semaine dernière, il n’y avait aucune bonne raison de soumettre la question à un plébiscite. Peut-on imaginer, après tous les témoignages des derniers jours, ce qui se serait produit si une majorité de citoyens avaient quand même voté pour ne pas changer le nom de l’aréna? À partir du moment où le conseil de Cap-Pelé jugeait suffisamment probable que les accusations portées contre le père Léger soient véridiques, il était de son devoir d’agir avec leadership, d’éviter de diviser la communauté dans le cadre d’une campagne référendaire, et de modifier immédiatement le nom de l’amphithéâtre.

C’est ce que les élus ont finalement fait, au début de la semaine. L’amphithéâtre porte désormais le nom d’Aréna de Cap-Pelé. La photo du curé ne trône plus à l’intérieur. Et l’affiche «Aréna Père-Camille-Léger» a été enlevée, puis détruite par les pompiers.

Cette cérémonie pendant laquelle les pompiers se sont rendus à l’aréna dans leurs camions, en procession, gyrophares allumés, et à l’issue de laquelle ils ont enlevé l’affiche (après un décompte) sous les applaudissements de la foule, a été aussi surréelle que symbolique.

Surtout, il semble qu’elle a permis aux citoyens de tourner la page. C’est en public, devant une foule de gens, que le lourd secret a finalement été exorcisé.

Si le plébiscite n’aura finalement pas lieu, c’est parce que le conseil de Cap-Pelé s’est senti libre d’agir après que l’évêché est finalement sorti de son silence. Dans un autre moment lourd de sens, l’archevêque Mgr André Richard s’est rendu à l’église de Cap-Pelé. Après avoir fait référence aux «actions du père Camille Léger», Mgr Richard a déclaré aux paroissiens présents: «Au nom de l’archidiocèse de Moncton, je demande pardon aux personnes qui ont été affectées directement ou indirectement par les actions ou les omissions de nos membres.»

Bravo pour les excuses. Mais il reste une dernière étape pour l’Église catholique, soit d’offrir une aide aux victimes présumées afin qu’elles puissent une fois pour toutes entreprendre leur guérison. Là encore, Mgr Richard a déclaré vouloir «accompagner la communauté» dans cette voie. C’est une autre excellente nouvelle. Les bonnes intentions devront toutefois être accompagnées de gestes concrets.

Trop de prêtres (et d’agresseurs, en général) ont profité par le passé du silence de la honte pour abuser de jeunes victimes innocentes. Il est dommage que tant d’années aient dû s’écouler avant que les langues se délient enfin. Dans le cas du père Léger, les premières agressions auraient eu lieu autour de 1957!

Le silence ne profite qu’aux agresseurs. La leçon a été comprise à Cap-Pelé. Souhaitons qu’elle sera aussi retenue partout au Nouveau-Brunswick.