L’éveil à la fierté

La Semaine provinciale de la fierté française a atteint sa majorité: elle existe depuis 1989, et depuis 1990 elle est lancée au cours de la semaine du 20 mars de façon à coïncider avec la Journée internationale de la Francophonie.

Ce n’est pas par hasard que le journal s’est associé depuis le début au comité organisateur de la Semaine de la fierté française, c’est par une volonté de garder bien vivante et vigoureuse la fierté de la langue française au Nouveau-Brunswick, et pour sensibiliser la jeunesse acadienne à la richesse de son histoire et de sa culture.

Tous les Canadiens sont conscients de la force d’influence qu’exercent en Amérique du Nord les réseaux de communications en provenance des États-Unis. La prévalence de la langue anglaise, aujourd’hui, non seulement à la télévision, mais sur Internet, crée une pression et une problématique additionnelles sur le maintien de la langue française, d’une part, et sur les valeurs identitaires.

Ce n’est pas pour rien que sous le règne de Pierre Juneau à la présidence du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) on a exigé des stations de radio et des réseaux de télévision un contenu canadien. Cette exigence a été imposée tant aux diffuseurs de langue anglaise qu’aux stations et aux réseaux de langue française pour lutter contre l’acculturation qu’engendrent les produits de l’industrie américaine du divertissement.

Cette exigence de contenu canadien illustre bien le défi que nous avons, ici en Acadie, pour contrer non seulement l’acculturation, mais l’assimilation. Nous sommes une petite communauté de langue française, un tout petit îlot, sur le continent non seulement le plus anglophone, mais le plus puissant en matière de télécommunications.

Ce n’est pas pour rien, non plus, que la Commission sur l’école francophone avait souligné dans son rapport (1) que l’un des défis et l’un des mandats de l’éducation en français au Nouveau-Brunswick est la construction identitaire. Apprendre à notre jeunesse d’où lui viennent sa langue et sa culture, les luttes qu’il a fallu mener pour les protéger, les mécanismes mis en place pour les protéger, tout cela fait partie de la construction identitaire. Plus tôt cet éveil à la fierté de sa langue et de sa culture est inculqué, plus la base de l’identité sera solide.

À cet égard, il était intéressant d’entendre des jeunes, au Téléjournal Acadie de lundi soir, s’exprimer sur ce que représente pour eux la langue française et leur impression sur la Semaine provinciale de la fierté française. On entendait dans leurs propos une conviction rassurante.

En parcourant les réseaux sociaux, il est aussi rassurant de constater que la communauté acadienne échange en français. Si l’orthographe y est parfois déficiente, cette méthode de communication dominée par les moins de quarante ans a la qualité de se faire en français. C’est une méthode de communication qui gagne aussi en popularité chez les plus vieux, selon de récentes études sur le phénomène.

L’appel à la fierté de la langue française se fait entendre dans nos écoles depuis maintenant vingt-trois ans. C’est donc dire que, pour la génération montante, il a été entendu pratiquement tout au long de leur vie à l’école publique. La tradition est maintenant bien établie, et c’est tout à l’honneur du ministère de l’Éducation de l’avoir maintenue.

(1) Si vous voulez lire le sommaire du rapport pour vous rafraîchir la mémoire, il est toujours disponible sur le site du ministère de l’Éducation (http://www.gnb.ca/0000/publications/comm/Sommaire%20ex%C3%A9cutif%20-%20CEF.pdf).