Bonne retraite!

C’est un budget conservateur dans le plus pur sens du terme. Réduction des dépenses tous azimuts, priorité à l’économie, compressions dans la fonction publique, évaluations environnementales moins longues et complexes… pour la première fois, le gouvernement Harper a pu déposer un budget à son goût, sans négocier avec les partis d’opposition. Il ne s’est pas privé.

Dans leur volonté de redéfinir le rôle du gouvernement fédéral, les conservateurs ont ratissé large, jeudi, en faisant la lecture du budget. L’une des plus importantes mesures consiste à éliminer pas moins de 19 000 postes de fonctionnaires.

Peu de gens ont tendance à s’émouvoir quand ils apprennent que des fonctionnaires perdront leur emploi ou ne seront pas remplacés le jour de leur retraite. Mais on oublie que ces gens gèrent des programmes fédéraux. Personne ne s’indigne parce qu’il y a moins de fonctionnaires. Mais plusieurs s’insurgeront quand les programmes dont ils sont responsables commenceront à être éliminés ou considérablement réduits, un par un.

Ce n’est pas la fin de l’État-Providence. Mais on ne peut pas éliminer près de 5 % des emplois dans la fonction publique fédérale sans que cela ait un impact. Il est clair qu’au bout de quatre ans sous un gouvernement Harper majoritaire, le gouvernement canadien sera moins engagé dans nos vies. C’est un changement de cap majeur.

Sans surprise, les conservateurs ont profité de l’occasion pour régler leurs comptes, avec en premier lieu Radio-Canada, qui verra son budget être amputé de 115 millions $ (sur 1,1 milliard $). Pas de doute, les régions seront touchées. La société d’État a un plan de développement dans lequel elle indique que la programmation régionale est une priorité. Ces bonnes intentions seront bientôt vite oubliées. Radio-Canada Acadie devra sous peu faire des choix douloureux. Nous en ressortirons tous perdants.

Par ailleurs, le budget comprend plusieurs petites mesures visant à faire plaisir à certains segments de l’électorat ou à la base conservatrice. Le gouverneur général paiera désormais des impôts (mais voit son salaire augmenter…), les pièces d’un cent disparaîtront dans quelques mois, le programme Katimavik créé sous Pierre Elliott Trudeau tombe, etc.

Par contre, la plupart de nos lecteurs retiendront surtout le fait qu’Ottawa ait décidé de relever à 67 ans l’âge de la retraite. Cette décision, impensable il y a quelques années à peine tant elle est controversée, montre à elle seule à quel point Stephen Harper se sent en plein contrôle de l’agenda, et pour longtemps.

Afin de faire avaler cette réforme et éviter une contestation trop féroce, le gouvernement repousse à 2029 le passage de la retraite à 67 ans. Ce faisant, il rassure les personnes retirées ou sur le point de l’être. Sans compter qu’il est peu probable que des citoyens de 35 ou 40 ans prennent la rue d’assaut pour contester cette décision, tant l’échéance semble lointaine. Les baby-boomers conservent leur droit à «Liberté 65». Les autres non. Les grands perdants seront les démunis et petits salariés qui devront attendre deux ans de plus pour obtenir une aide fédérale pour leurs vieux jours. Il y a là une grande iniquité, tant intergénérationnelle qu’entre les classes sociales (les plus riches ou ceux qui ont de bons REÉR pourront quand même se retirer quand bon leur semble).

Le report de l’âge de la retraite semble à première vue peu justifiable. En effet, malgré ses efforts, Stephen Harper et son ministre Jim Flaherty n’ont pas réussi à convaincre personne que le régime de retraite fédéral est menacé, malgré le vieillissement de la population. Nous sommes loin de la situation financière de certains pays européens qui frôlent la faillite et qui craignent de ne plus pouvoir respecter leurs engagements envers les aînés.

Les partis d’opposition (ou à tout le moins le NPD) mèneront la lutte contre la retraite à 67 ans lors des prochaines élections. S’ils échouent, il est probable que cette nouvelle politique sera là pour rester. Huit ans, c’est long. Encore plus en politique. Le Canada aura le temps de changer d’ici là.