Les pertes cachées des compressions

Que ce soit à Fredericton ou Ottawa, les gouvernements poursuivent leur quête de l’équilibre budgétaire, une quête qui passe par des compressions importantes dans les dépenses gouvernementales.
Dans un tel contexte, le point de vue des gouvernements se confronte à celui, non seulement des partis d’opposition, mais aussi à celui d’études économiques réalisées par des groupes indépendants qui ne partagent pas nécessairement la philosophie et l’approche des gouvernements du Canada et du Nouveau-Brunswick.

Au Nouveau-Brunswick, depuis le dépôt du budget de mars 2011, le Nouveau-Brunswick performe mal sur le plan de la création d’emplois. Selon Statistique Canada, parmi les provinces de l’Atlantique, le Nouveau-Brunswick est la seule province où le taux de chômage a augmenté entre février 2011 et février 2012: 2600 emplois perdus, progression du taux de chômage de 0,6 %.

À Ottawa jeudi dernier, le ministre des Finances, Jim Flaherty, se vantait que le gouvernement Harper avait «mis en œuvre l’un des plans de stimulation économique les plus vastes et les plus efficaces parmi les pays du Groupe des Vingt. Nous avons investi comme jamais auparavant dans l’infrastructure.» C’est vrai. Ce plan a été mis en œuvre au début de 2009… après que les partis d’opposition avaient formé une coalition parlementaire visant à défaire le gouvernement parce qu’en décembre 2008, M. Flaherty avait annoncé qu’il visait l’équilibre budgétaire pour son prochain budget. L’industrie automobile avait mis à pied des milliers d’employés, l’industrie forestière aussi, et aucune mesure de stimulation n’était prévue.

Le budget fédéral dévoilé jeudi reprend la voie que voulait emprunter le ministre des Finances en 2009: de compressions importantes des dépenses du fédéral, dont l’abolition de 12 000 postes.

Si le Canada a maintenu un taux d’emplois parmi les plus vigoureux dans les économies avancées du monde, comme l’affirme M. Flaherty, le taux de croissance des derniers mois s’affaiblit. Le bilan depuis un an, cependant, reste positif.

Les compressions de personnel annoncées jeudi inquiètent. Deux mois avant le budget, le Centre canadien de politiques alternatives publiait une étude à propos de l’impact des compressions envisagées par le fédéral sur la réduction des services et la situation du chômage. L’étude compile les données du gouvernement fédéral à partir de ses rapports officiels, depuis 2006. Comme le gouvernement du Nouveau-Brunswick, le gouvernement Harper vise une «fonction publique plus efficiente», qui passe par un plan de compressions de personnel sur lequel il travaille depuis 2006.

En fait, les compressions des dépenses du fédéral ne se limitent pas aux 12 000 postes permanents de la fonction publique. Un nombre important de postes à forfait ne seront pas renouvelés. Puis, à travers les compressions budgétaires à Patrimoine canadien et Développement des ressources humaines et des compétences, de nombreux organismes subventionnés par le fédéral devront eux aussi mettre à pied du personnel, faute de moyens financiers. Ajoutons à cela les agences privées qui verront leur chiffre d’affaires baisser substantiellement parce que le gouvernement fédéral ne fera plus appel à ses services, et le compte des pertes d’emplois gonfle davantage.

Selon l’Association canadienne des employés professionnels, les compressions de 5,2 milliards $ annoncées par M. Flaherty la semaine dernière engendreront la perte d’un peu plus de 40 000 emplois dans le secteur privé . L’Association, qui compte entre autres types d’employés 13 000 économistes, a intégré les données du budget du 29 mars à la méthodologie de Statistique Canada pour arriver à sa conclusion. Celle-ci est donc crédible.

Le nombre de fonctionnaires qui restera après les compressions ramènera la fonction publique fédérale à une proportion parmi les plus basses des 40 dernières années: pendant que la fonction publique diminue, la population du Canada continue de croître. Il serait naïf de penser que les services offerts par le fédéral seront tout aussi efficaces que par le passé, après une telle décimation de ses effectifs.