Démissionner ou pas?

Le vice-premier ministre Paul Robichaud est probablement passé au travers de sa pire tempête depuis son arrivée en politique.

À l’exception de ses débuts difficiles à titre de ministre des Pêches et de l’Aquaculture, en 1999, Paul Robichaud a toujours été considéré comme un député et un ministre solide, en contrôle de ses dossiers.

Sa popularité est au beau fixe. Que ce soit lors de la vague qui a porté Bernard Lord au pouvoir à la fin des années 1990, ou pendant le court intermède du gouvernement libéral de Shawn Graham (2006-2010), il n’a jamais craint pour son siège de Lamèque-Shippagan-Miscou. Disponible auprès du public et des médias, mais sans jamais jouer au «kid kodak», candidat vedette pressenti pour la course à la succession de Bernard Lord en 2008, il est certainement l’un des politiciens les plus appréciés, respectés et populaires dans tout le Nouveau-Brunswick. Et bien qu’il ne déteste pas la joute politique et partisane, ses réponses aux questions à la législature sont généralement claires et précises. À titre de vice-premier ministre et ministre du Développement économique, il est presque l’égal du premier ministre David Alward.

Mais voilà, sa réputation risque désormais d’être entachée par des allégations contenues dans une lettre anonyme envoyée à l’opposition. En gros, on l’accuse d’avoir usé de son influence pour protéger son frère, Donat, accusé d’un délit mineur selon la Loi sur l’aquaculture.

Les libéraux ont fait parvenir la lettre à la GRC, qui examine le dossier et déterminera si une enquête en bonne et due forme doit être enclenchée.

Pour le moment, aucune accusation n’a été déposée contre M. Robichaud. Celui-ci dispose de la présomption d’innocence et d’une vie politique sans tache pour se défendre.

Doit-il remettre sa démission, comme le réclame l’opposition? David Alward doit-il retirer à Paul Robichaud ses fonctions ministérielles et son titre de vice-premier ministre, le temps que la GRC fasse la lumière sur cette affaire?

Dans les deux cas, la réponse est non.

Pour l’instant, pas l’ombre d’une preuve ne permet d’affirmer que M. Robichaud a essayé d’empêcher la justice de faire son oeuvre contre son frère. Il n’y a qu’une lettre anonyme, et rien d’autre.

Et comme M. Robichaud l’a lui-même déclaré, si un ministre devait démissionner sous la seule foi d’une lettre anonyme, il serait possible de faire tomber tout un Cabinet en moins d’une semaine.

Par contre, si la GRC juge, après vérification, qu’elle a des raisons de déclencher une enquête, la situation serait alors différente. Un vice-premier ministre ne peut mener à bien ses fonctions alors que les enquêteurs de la GRC sont à ses trousses.

Ce qui n’est pas le cas présentement.

Un mot à propos des libéraux. Le chef de l’opposition, Victor Boudreau, est allé trop loin en affirmant à l’Assemblée législative qu’une enquête criminelle est en cours. C’est faux, et M. Boudreau doit se rétracter.

Il est toutefois de bonne guerre de sa part d’exiger la démission ou le congédiement de son adversaire politique. Le rôle de l’opposition est d’être le chien de garde du gouvernement, de remettre en question ses actions et de se positionner comme solution de rechange.

Une des armes à la disposition des partis politiques est de s’attaquer à la crédibilité de «ceux d’en face». On l’a vu cette semaine, alors que le chef libéral fédéral Bob Rae a réclamé la démission de Stephen Harper à la suite du rapport du vérificateur général du Canada, qui révèle que le gouvernement a grossièrement sous-estimé et sans doute menti aux Canadiens sur le coût des avions F-35 (une erreur de 9 milliards $…)

À Fredericton, Victor Boudreau a beau jeu d’exiger le départ du vice-premier ministre. Mais tant que la GRC ne jugera pas bon d’enquêter, il n’a aucune chance d’arriver à ses fins.