La montée du NPD

Faut-il prendre le NPD au sérieux? Pas facile, à moins d’être devin, de répondre à cette question posée à la une de notre édition de jeudi. Posons le problème autrement: le NPD peut-il à moyen terme devenir une option crédible aux deux partis traditionnels?

Le Nouveau-Brunswick vit depuis la Confédération au rythme de deux partis politiques, le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur. Chacun leur tour, ils s’échangent le pouvoir et le titre d’opposition officielle.

Une exception majeure: en 1987, le Parti libéral de Frank McKenna a gagné les 58 circonscriptions d’alors. Quatre ans plus tard, le CoR, profitant de l’état de faiblesse des conservateurs et d’un fort sentiment antifrancophone dans certaines régions de la province, faisait élire huit députés et devenait l’opposition officielle.

En 1995, le CoR ne comptait déjà plus sur aucun député. La valse traditionnelle entre les bleus et les rouges pouvait reprendre.

De tout temps au Nouveau-Brunswick, le Nouveau Parti démocratique joue le rôle de figurant. Il n’a fait élire que trois députés, jamais plus d’un en même temps. Outre Elizabeth Weir, élue à quatre reprises dans Saint-Jean-Havre, jamais cette formation n’a réussi à élire un chef fort, et encore moins quelqu’un capable de sortir le parti de sa marginalité.

Cela pourrait changer. Un sondage dont les résultats ont été rendus publics par l’Acadie Nouvelle démontre que le NPD est le parti le plus populaire à Saint-Jean. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, il pourrait espérer faire élire quelques députés. Il s’agirait d’une percée historique.

Il est vrai que rarement les astres auront été aussi bien alignés pour la troisième voie du Nouveau-Brunswick.

D’abord, les récents succès du NPD au fédéral ont eu un impact jusque dans notre province. La vague orange n’a pas déferlé sur nous comme elle l’a fait au Québec. Mais il est à noter que les néo-démocrates ont terminé en première (Yvon Godin dans Acadie-Bathurst) ou en deuxième position dans sept circonscriptions sur dix. Un score que personne n’aurait cru possible à peine quelques semaines avant la campagne électorale fédérale de 2011.

De plus, le NPD du Nouveau-Brunswick semble enfin avoir trouvé un chef qui ne souffre pas de la comparaison avec Elizabeth Weir. Dominic Cardy n’a peut-être pas la stature d’un Jack Layton, mais ses états de service, ses succès passés (il a participé à la montée du parti en Nouvelle-Écosse, une province aujourd’hui dirigée par un néo-démocrate) et son bilinguisme ajoutent à sa crédibilité.

Et surtout, M. Cardy peut compter sur un Parti libéral qui éprouve son lot de problèmes. À la suite d’un règne désastreux de quatre ans, pendant lequel le premier ministre Shawn Graham n’a accompli aucun de ses grands objectifs (souvenez-vous de l’autosuffisance et de la vente ratée d’Énergie NB…), endetté la province comme jamais auparavant et démontré qu’il n’était pas prêt à gouverner, les Néo-Brunswickois ont pour la première fois dans l’ère moderne défait un gouvernement après un seul mandat majoritaire.

Une situation qui rappelle celle qui prévaut au fédéral, où le Parti libéral du Canada a perdu ses appuis à travers le pays (en raison du scandale des commandites) et où le Bloc québécois en est venu à lasser ses électeurs avides de changement.

Est-ce donc la fin du bipartisme dans notre province?

Attendons avant de le clamer. Les vieilles habitudes sont tenaces. De nombreuses régions votent encore pour la même couleur élection après élection. Les électeurs de Shediac, de Caraquet ou de Dalhousie, pour ne citer que quelques exemples, ne sont sans doute pas sur le point de voter pour un représentant néo-démocrate (ou même conservateur) lors d’élections générales.

De même, les appuis au NPD ont historiquement tendance à grimper entre deux élections, avant de retomber autour de 10 % le jour du scrutin.

Sans compter que ce n’est pas la première fois qu’un vent favorable souffle pour ce parti. Lors du scrutin fédéral de 1997, l’élection des néo-démocrates Yvon Godin et Angéla Vautour laissait rêver de belles choses sur la scène provinciale. En vain.

Dominic Cardy et son parti ont donc beaucoup à faire pour élire ne serait-ce qu’un candidat. Leur récente poussée dans les sondages a toutefois du bon. Le Nouveau-Brunswick a besoin d’un NPD fort, capable d’offrir une solution de rechange et de bousculer un peu deux partis traditionnels qui se ressemblent somme toute beaucoup.