Comprendre le combat de Frederick

Depuis le 25 février, Frederick Wangabo jeûne pour protester contre la tenue, cette année, du Sommet de la francophonie dans son pays d’origine, la République démocratique du Congo (RDC), un vaste pays de plus de deux millions de kilomètres carrés qui abrite environ 64 millions d’habitants au centre de l’Afrique. Sa grève de la faim vise aussi à sensibiliser l’opinion publique canadienne sur les atrocités qui ont cours dans son pays.

D’abord un peu d’histoire. La RDC est une ancienne colonie belge, connue à l’époque comme le Congo belge. Dès 1960, à l’époque où la plupart des pays africains s’affranchissent du colonialisme européen, des élections donnent la victoire au Mouvement national congolais dirigé par Patrice Lumumba; il devint premier ministre et il céda la présidence du pays à Joseph Kasavubu. Trois mois après cette élection du 30 juin 1960, le colonel Joseph-Désiré Mobutu rate une tentative de coup d’État, orchestrée avec le concours de la CIA américaine. En janvier 1961, Lumumba est assassiné. Après des révoltes un peu partout au pays, le colonel Mobutu prend finalement le pouvoir à la fin de 1964, après avoir renversé le président Kasavubu et s’être autoproclamé président du pays. En 1968, Mobutu renomme son pays: ce sera désormais le Zaïre.
Mobutu restera à la tête du pays pendant trente-deux ans, jusqu’en 1997 où il fut chassé du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, le père du président actuel, Joseph Kabila. Kabila père, qui trafiquait dans l’or, le diamant et l’ivoire, avait acquis un certain appui populaire, à la tête de son mouvement de guérilla contre Mobutu, en promettant de mettre fin à la dictature qui avait prévalu sous Mobutu. Il n’en fit rien. Il se contenta de changer le nom du pays, le rebaptisant République démocratique du Congo tout en lui donnant un nouveau drapeau. Son régime fut tout aussi sanguinaire que les précédents, à qui on attribue pas moins de dix millions de morts de 1968 à 1997. Kabila père poursuivit la pratique d’arrestations arbitraires et de tortures, laissant le pays sans véritables institutions démocratiques. Il est abattu le 16 janvier 2001 par un de ses colonels qu’il venait de limoger. Le Parlement provisoire nommera son fils aîné, Joseph Kabila, alors général-major âgé de 29 ans.
Lors de sa réélection en décembre 2011, non seulement de nombreuses sources ont dénoncé la fraude électorale qui y a prévalu, mais on déplore aussi des dizaines de morts et des centaines de blessés graves, avant, pendant et après le scrutin. Il faut préciser que ce bilan des morts et des blessés n’est pas seulement imputable aux partisans du président, mais aussi à certains des partis adverses.
Joseph Kabila n’a jamais réellement eu de maîtrise sur son pays. Partout dans les régions périphériques du pays, des guerres civiles ethniques continuent de décimer la population. Comme si ce n’était pas assez, une étude publiée en mai 2011 par The American Journal of Public Health a conclu que 400 000 femmes sont violées chaque année, une conclusion qui multiplie par 26 les chiffres avancés par l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui estimait à 16 000 le nombre de femmes violées en République démocratique du Congo. L’ONU juge que l’étude américaine ne tient pas compte de l’évolution de la situation politique au Congo-Kinshasa. Quoi qu’il en soit, au-delà de cette bataille statistique, le phénomène est bien réel. Non seulement le phénomène est-il déplorable, mais que personne n’intervienne pour l’éradiquer laisse perplexe.
S’il règne un calme relatif dans la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa où l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) compte tenir le quatorzième Sommet de la francophonie, l’état général de la démocratie de même que le bien-être collectif des Congolais sont mal en point. C’est pourquoi Frederick Wangabo n’accepte pas que le Sommet de la francophonie s’y tienne, et que le gouvernement du Canada et du Nouveau-Brunswick ne fassent pas pression sur l’OIF pour le tenir ailleurs dans le monde.