À très petits pas

Dans le dossier du gaz de schiste, les déclarations des deux partis à l’Assemblée législative ont de quoi étonner.

Hier, en page 8, on pouvait lire dans l’article de Philippe Murat, à propos du bail de cinq ans à Windsor Energy, que le ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, Bruce Northrup, se sentait obligé d’accorder un bail d’exploration parce que la société avait respecté les conditions prévues au permis «accordé par le précédent gouvernement». Sans doute, sa sortie musclée de l’an dernier sur le comportement de la société gazière et la décision qu’il a annoncée mardi le mettaient dans une position embarrassante.

De son côté, le porte-parole de l’opposition officielle, le député libéral Bryan Kenny, en a profité pour relancer l’appel au moratoire. Il a aussi repris un de nos arguments quant à la carence des ressources nécessaires pour faire respecter par l’industrie gazière le cadre réglementaire. Pourtant, cette carence n’est pas venue avec le changement de gouvernement. Elle n’avait pas été corrigée lorsque le gouvernement libéral a livré les permis d’exploration.

Il ne faudrait pas prendre les électeurs du Nouveau-Brunswick pour des cruches. L’appel au moratoire par les députés libéraux est difficilement crédible alors que l’électorat sait bien que quand ils étaient au pouvoir, ils ont encouragé l’industrie du gaz de schiste en livrant les permis.

Pour revenir au gouvernement actuel, le regret que semble exprimer le ministre Northrup à propos de son obligation de livrer un nouveau permis à Windsor Energy n’est pas plus crédible. Ce qui est clair, c’est qu’avant sa déclaration à l’emporte-pièce de l’an dernier, visant Windsor Energy, il n’avait pas vérifié si la société gazière était, oui ou non, conforme aux conditions de son permis. Aujourd’hui, il est forcé d’admettre que, légalement, Windsor Energy n’était pas en violation des conditions de son permis d’exploration. Venons-en maintenant à la gestion des impacts environnementaux que pourraient avoir les activités de l’industrie gazière dans l’exploration du gaz de schiste.

L’an dernier, le gouvernement a voulu rassurer la population inquiète quant à l’impact des activités de l’industrie gazière au Nouveau-Brunswick. Il a promis un cadre réglementaire plus strict. À la veille d’un forum sur le gaz naturel, tenu à Fredericton en juin 2011, un communiqué conjoint des ministères des Ressources naturelles, de l’Environnement et de celui de l’Énergie annonçait que le gouvernement allait procéder à «un resserrement des exigences régissant l’exploitation gazière». Le communiqué citait M. Northrup qui déclarait: «Si cette industrie doit s’implanter et prendre de l’essor, nous veillerons à ce qu’elle le fasse d’une manière attentive et responsable qui sera avantageuse pour tous les Néo-Brunswickois.» La ministre de l’Environnement, Mme Blainey, devenue depuis ministre de l’Énergie, indiquait que les nouvelles exigences allaient s’insérer «dans le cadre d’un plan d’action visant le gaz naturel». (1)

En rappelant les motifs des contestations populaires contre l’exploration du gaz de schiste dans la province, et en commentant la promesse du gouvernement sur le resserrement des exigences, nous avions écrit qu’on verrait dans le prochain budget (présenté le mois dernier) si le gouvernement allait augmenter les ressources nécessaires pour surveiller et encadrer les activités de l’industrie gazière. Maintenant qu’il est connu, nous sommes allés voir dans le budget. Voici ce que nous y avons trouvé.

Le budget du volet «Développement durable, planification et évaluation des impacts» a diminué de 48 000 $ cette année, par rapport à l’an dernier. Le budget du volet «Gestion des impacts» a été réduit de 80 000 $ cette année. Quant au volet de l’«Établissement des normes», il subit une compression de 158 000 $.

En consultant le Plan d’action visant le gaz naturel, nous n’avons trouvé qu’un document d’une page. (2) Un an après l’annonce de l’an dernier, ce n’est pas sérieux. En comprimant le budget de tous les volets qui devraient s’activer au ministère de l’Environnement autour des activités de l’industrie du gaz de schiste, il est clair que le gouvernement ne s’y prépare pas.

(1). Le communiqué est sur le site du gouvernement: http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2011.06.0703.html

(2). La seule référence au cadre d’un plan d’action sur le gaz naturel: http://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Corporate/pdf/ShaleGas/fr/CadrePlanActionDeveloppement.pdf