La chasse aux chevreuils d’enclos

Ils sont une quinzaine, éparpillés à travers les régions rurales du Nouveau-Brunswick, surtout dans le Nord. Et ils se demandent comment ils pourront empêcher le gouvernement de détruire leur industrie.

Les éleveurs de chevreuils du Nouveau-Brunswick sont dans une situation délicate. Ils sont dans l’obligation de fermer leur enclos, vendre leurs bêtes à un exploitant d’une autre province, ou les abattre d’ici deux mois (la date limite gouvernementale est le 15 juin).

Il est interdit au Nouveau-Brunswick de capturer un cerf de Virginie dans les bois et de le garder en captivité ou de le vendre. Au cours des années, des Néo-Brunswickois ont contourné le problème en achetant des chevreuils d’autres éleveurs, par exemple au Québec.

Cette pratique est aussi considérée comme illégale par le gouvernement provincial. Malgré cela, il a toléré cette situation pendant des décennies, sans jamais y mettre fin.

Certains élevages de chevreuils sont devenus au cours des années de petites attractions touristiques rurales. D’autres éleveurs vendent l’urine (lors de la période de rut) aux chasseurs, ou revendent les cervidés à l’extérieur de la province, une fois rendus à maturité.

Tout a changé en octobre 2011, quand un éleveur du Madawaska est mort de façon tragique dans son enclos. Les chevreuils, même en élevage, restent des animaux sauvages. L’un d’eux a soudainement attaqué son propriétaire et l’a piétiné à mort. Après enquête, les bêtes ont été euthanasiées, et l’enclos a été fermé.

Il semble que cet incident a fait réaliser aux autorités gouvernementales que son laxisme au cours des années avait mené au développement d’une industrie illégale et potentiellement dangereuse. Rapidement, la décision a été prise d’y mettre fin.

Les éleveurs se demandent, avec raison, pourquoi tout cet acharnement contre eux à la suite d’un seul incident, même mortel. Sans compter qu’il existe des élevages avec d’autres types d’animaux sauvages au Nouveau-Brunswick (des bisons, par exemple).

Mais surtout, même si cette industrie est illégale, le fait demeure que le gouvernement l’a laissée fleurir sous ses yeux pendant des années.

En effet, certains passionnés font des affaires depuis plus de trente ans. On ne parle pas ici de braconniers qui oeuvrent dans le secret, mais bien de gens honnêtes qui achètent légalement leurs animaux dans d’autres provinces, qui ont les reçus pour le prouver, et qui le font dans la transparence. Ces personnes ont souvent investi des sommes énormes pour acheter leur élevage, le nourrir et le soigner, mais aussi pour ériger les infrastructures nécessaires.

La loi est la loi, et elle doit être respectée. Mais il faut aussi tenir compte du passé. Dans ce cas-ci, nous croyons qu’après avoir toléré cette industrie pendant tant d’années, Fredericton doit désormais négocier, soit en accordant une clause d’amnistie ou une clause de droits acquis (grand-père) aux éleveurs déjà en affaires, soit en leur versant une compensation.

Pour l’instant, nous sommes loin du compte. Non seulement personne au gouvernement ne semble vouloir discuter avec les éleveurs, mais on refuse même de répondre aux questions. L’Acadie Nouvelle a tenté la semaine dernière de savoir auprès des instances officielles s’il y a une possibilité que la date butoir soit repoussée, si des négociations seront entreprises auprès des éleveurs pour trouver un terrain d’entente, et comprendre exactement quelles sont les craintes et menaces (sécurité, maladie) qui justifient la fin brutale de cette industrie.

En vain.

Avant de transformer ses fonctionnaires en chasseurs de chevreuils d’enclos, Fredericton a le devoir moral d’imposer un moratoire sur la question, le temps d’entendre les doléances des propriétaires d’élevage, d’étudier leurs solutions et de tenter de négocier un compromis.