L’empathie électorale

La semaine dernière, les contribuables du Nouveau-Brunswick apprenaient que le gouvernement Alward n’allait finalement pas abolir «les frais d’ambulance de 130 $ imposés par Shawn Graham», pour reprendre l’expression du document électoral du Parti conservateur du Nouveau-Brunswick dans son document, «Le Nouveau-Brunswick d’abord… Pour un changement». L’abolition des frais d’ambulance sera peut-être évoquée en 2014 l’année de la prochaine élection, mais pour l’instant, la ministre de la Santé, Madeleine Dubé, a indiqué que les contraintes budgétaires du gouvernement ne le permettaient pas.

De passage au Comité permanent de l’Assemblée législative sur les prévisions budgétaires, Madame Dubé a déclaré ce qui suit: «Nous n’avons pas d’argent pour ça à cause de la situation financière désastreuse dans laquelle l’ancien gouvernement a laissé la province. Mais nous maintenons notre engagement à cet égard d’ici la fin de notre mandat.»La situation financière de la province était déjà connue durant la campagne électorale. En fait, le parti de M. Alward, en introduisant le chapitre de son programme électoral portant sur les finances publiques, énonçait ce qui suit: «C’est honteux la façon dont les libéraux de Shawn Graham ont géré les finances publiques. Ils ont gaspillé des millions de l’argent des contribuables sur de mauvaises décisions d’investissements et des dépenses frivoles, ajoutant des milliards de dollars à la dette provinciale». Il concluait que «le pire, c’est que nous ne savons toujours pas comment grave est la situation». Pourtant, plusieurs des candidats du gouvernement actuel aux dernières élections avaient accès aux données des comptes publics du Nouveau-Brunswick. La situation financière du gouvernement provincial était connue, et elle n’a pas changé du jour au lendemain, après le scrutin. Invoquer l’ignorance du piètre état des finances publiques du gouvernement du Nouveau-Brunswick ne tient pas la route. Mais c’est une vieille routine politique de feindre la surprise sur l’état des finances laissé par le gouvernement précédent. Il serait temps de changer de ritournelle, car celle-là est risible, tellement elle est usée.

Le gouvernement devrait assumer les choix qu’il s’est imposés. Ce choix, il consiste à ne pas augmenter les impôts, une mesure populaire certes, mais qui prive le gouvernement provincial de revenus dont il aurait besoin. Dans son document électoral, on promettait d’annuler «les réductions d’impôt prévues pour les 1300 personnes les plus riches du Nouveau-Brunswick qui ont un revenu moyen de 450 000 $ (réductions annoncées par Shawn Graham l’année dernière), ce qui permettra aux gens de la province de conserver plus de 120 millions $ au cours des quatre prochaines années pour s’attaquer au déficit et protéger les services de premier plan». Or, dans les deux budgets présentés depuis, motus et bouche cousue, l’annulation de cette réduction n’a jamais été mentionnée, ni dans le discours, ni dans les tableaux produits par le gouvernement provincial sur les taux d’imposition selon les tranches de revenus. En période électorale, la plupart des partis politiques font preuve d’une grande empathie pour le fardeau financier des citoyens. On leur promet un accès plus facile aux soins de santé, à l’éducation et d’améliorer leur situation économique par la création d’emplois. Une fois au pouvoir, on est frappé d’incapacité due à l’administration irresponsable du gouvernement précédent…

L’intention du gouvernement Alward de gérer plus efficacement les finances publiques est louable, mais les moyens qu’il est prêt à déployer sont insuffisants pour régler les problèmes qu’il déplore: une dette publique croissante et des revenus stagnants. Retourner à la gratuité universelle des services ambulanciers aurait coûté 6 millions $. Une augmentation de l’impôt sur le revenu des particuliers de moins de la moitié de 1 % aurait suffi pour la financer… Les contribuables seraient-ils descendus dans les rues pour protester contre cette hausse?