La guerre étudiante

Les images du conflit entre les étudiants et le gouvernement du Québec ont de quoi troubler, y compris ici en Acadie. Nous sommes tous mal à l’aise de voir l’escouade antiémeute réprimer des adolescents et de jeunes adultes dans la rue, en direct à la télévision.

Les étudiants sont toutefois loin d’être blancs comme neige. Plusieurs de leurs manifestations sont accompagnées de saccage, de vandalisme, d’attaques à la bombe fumigène, etc. Comment s’attendre, dans de tels cas, à ce que les autorités restent les bras croisés?

Il est quelque peu difficile pour les Néo-Brunswickois, en particulier ceux qui fréquentent ou qui ont fréquenté l’université, de se sentir solidaires des mouvements étudiants du Québec. Nous parlons de deux mondes qui ont très peu en commun.

Les droits de scolarité du Québec sont les plus bas au Canada. Ils sont présentement établis à 2168 $ par année. Le gouvernement Charest veut les faire grimper à 3793 $ sur cinq ans.

À titre comparatif, l’Université de Moncton a augmenté ses droits de scolarité de 4 % en 2011-2012, une hausse d’environ 200 $, pour un total de 5117 $. On prévoit que ce chiffre augmentera d’un autre 175 $ en septembre.

D’où ces questions importantes: Les étudiants québécois manifestent-ils la bouche pleine? Sont-ils des bébés gâtés? Ou est-ce plutôt nos étudiants acadiens qui ne sont pas assez revendicateurs?

D’abord, rappelons que le contexte social québécois est bien différent de celui du Nouveau-Brunswick. Les groupes sociaux, qu’ils soient étudiants, syndicaux ou autres, sont mieux organisés et plus revendicateurs au Québec. Ils ont plus tendance à prendre d’assaut la rue quand une décision ne fait pas leur affaire. Cette situation est exacerbée par le fait que les gouvernements qui ont dirigé cette province ont souvent eu tendance à plier devant la contestation. À preuve, les droits de scolarité des universités québécoises ont été gelés pendant une quinzaine d’années, à partir du milieu des années 1990.

Autre détail important: Québec détermine quels seront les droits de scolarité, alors qu’ici, Fredericton décide plutôt du montant des subventions. Les universités ont ensuite le fardeau d’établir leur budget et d’imposer des hausses qui ne seront pas les mêmes à Moncton, à UNB, à St. Thomas ou à Mount Allison.

Sans compter que des kilomètres et un mur linguistique (entre l’U de M et les trois autres universités publiques) séparent les étudiants néo-brunswickois. Difficile dans ces conditions de mener un combat de front.

Par ailleurs, la perturbation économique et l’intimidation qui l’accompagnent semblent faire partie de la stratégie des leaders étudiants québécois, qui refusent de condamner les actes de vandalisme commis par les leurs (il y a eu 85 arrestations après la manifestation de mercredi). Jusqu’à un certain point, la méthode fonctionne. Le gouvernement Charest a commencé à lâcher du lest. Il a promis de bonifier le programme de bourses (déjà l’un des plus généreux au Canada) et étudie désormais l’idée d’étendre la hausse sur quelques années de plus. Cela risque d’être insuffisant. Les éléments les plus extrémistes du mouvement prennent toute la place, et réclament un gel, et rien d’autre.

La violence doit être condamnée sans réserve. Le jour où les étudiants acadiens lanceront des pierres pour se faire entendre est celui où ils perdront toute sympathie et toute crédibilité dans l’opinion publique. Vu autrement, s’il fallait que les Néo-Brunswickois prennent la rue chaque fois qu’on touche à leur portefeuille, notre province serait à feu et à sang à chaque hausse d’impôt, de taxe ou de tarifs d’électricité.

Nous appuyons les étudiants du Nouveau-Brunswick dans leur quête pour que les universités soient mieux subventionnées par le gouvernement Alward. Quand les études postsecondaires sont accessibles au plus grand nombre, toute la société en sort gagnante.

Mais n’oublions pas que plus une personne est scolarisée, plus elle est appelée à faire de l’argent au cours de sa vie. Cela vaut un effort de la société pour conserver à un niveau acceptable les droits de scolarité. Mais surtout, cela vaut aussi un effort financier des principaux bénéficiaires, les étudiants. Même si cela inclut une hausse annuelle de leur facture.