L’équilibre budgétaire et les emplois

La semaine dernière, La Presse Canadienne rapportait que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, estime que les compressions fédérales dans la fonction publique se traduiront par la perte de 100 000 emplois au Canada. Le même article rapportait que le directeur parlementaire du budget convenait, du même souffle, que l’équilibre budgétaire allait sans doute être atteint en 2015-2016, comme le prévoit le ministre des Finances, et peut-être même un an plus tôt.

Depuis le dévoilement du budget fédéral le 29 mars, on sait que près de 20 000 postes de la fonction publique fédérale seront éliminés. Or, chaque poste au gouvernement fédéral engendre des retombées économiques dans le secteur public: maisons, autos, vêtements, divertissements, tourisme, pour ne nommer que ceux-là, sont tous des secteurs de l’entreprise privée qui profitent des retombées économiques liées à l’emploi dans la fonction publique.

Le directeur parlementaire est allé plus loin. Non seulement ces compressions de postes à la fonction publique entraîneront-elles des pertes importantes d’emplois dans le secteur privé, mais il estime aussi que les compressions des dépenses annoncées et engagées par le gouvernement fédéral équivaudront à retirer de l’économie canadienne 52 milliards $. Certains cyniques diront que ce n’est pas tant que ça quand on compare cette perte de 52 milliards $ au produit national brut du Canada qui se situait en 2010 à 1330 milliards $. C’est une perte d’un peu moins de quatre pour cent. Le problème avec une telle analyse repose sur le fait qu’elle ne tient pas compte du fait que l’impact n’est pas uniforme. Si la plupart des secteurs industriels n’en ressentiront sans doute pas, ou très peu, les effets, dans certains secteurs commerciaux, l’impact sera extrêmement important, à court, moyen et long terme.

De la même façon que certains secteurs ne seront pas très affectés, mais que d’autres le seront certainement de façon importante, l’impact sur certaines régions du pays et surtout sur certaines communautés sera majeur. Nous en avons traité, par exemple, en parlant de l’effet des fermetures d’institutions pénitentiaires fédérales (Kingston, en Ontario, et à Laval, au Québec).

Lundi, quelques autres milliers de fonctionnaires fédéraux ont été avisés que leurs postes à la fonction publique fédérale avaient été jugés «superflus». Parcs Canada, par exemple, a été ciblé comme un ministère où le fédéral pouvait réduire un nombre significatif d’emplois. Si à Shippagan ou Caraquet cette mesure n’a pas d’impact, à Kouchibouguac, Saint-Louis-de-Kent ou Richibucto, la mesure inquiète, à juste titre. Plusieurs des employés du Parc national Kouchibouguac étaient des gens employés par le fédéral après avoir perdu leur gagne-pain et avoir été expropriés de leurs terres. Mais ils ne sont pas les seuls cas tragiques de cette décision fédérale.

Sans compter les drames humains que comportent ces compressions importantes, sur le plan purement économique, le directeur parlementaire du budget n’est pas le seul à juger que les réductions importantes des dépenses du gouvernement fédéral entraînent des conséquences néfastes non seulement sur les budgets des provinces, qui à leur tour retireront de l’économie canadienne 9 milliards $ additionnels, mais aussi sur l’économie canadienne en général. Elles sont jugées suffisamment importantes pour ralentir la reprise économique tant attendue. D’ailleurs, alors que plusieurs économistes estimaient que le produit intérieur brut du Canada allait croître de 0,2 % en février, après un gain de 0,1 % en janvier, il a plutôt diminué de 0,2 % selon le plus récent rapport de Statistique Canada sur l’évolution du produit intérieur brut du pays.

Et finalement, la livraison des services du gouvernement fédéral ne pourra que se détériorer, quoi qu’en disent les porte-parole du gouvernement. Ils sont d’ailleurs isolés dans leur croyance que les compressions budgétaires n’affecteront ni la qualité ni l’existence même de plusieurs programmes du gouvernement fédéral.

➣ Précision: dans l’édito du samedi 28 avril 2012, il s’agissait de Danielle Smith, qui est chef du Parti Wildrose de l’Alberta. Michelle Smith est une artiste de Caraquet. – Jean Saint-Cyr