Encourager l’engagement des citoyens

Plusieurs Acadiens engagés du Nouveau-Brunswick ont milité pendant longtemps pour faire avancer la cause des droits linguistiques dans la province. Juristes, professeurs, enseignants, étudiants, syndicalistes et travailleurs étaient réunis dans une même cause: faire avancer et faire respecter les droits collectifs.

Des décennies d’efforts et de concertation, de pressions incessantes sur les autorités politiques ont fini par porter leurs fruits. L’adoption de la Loi sur les langues officielles, toute timide qu’elle fut à sa première adoption, la dualité du système de l’éducation, puis l’adoption de la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au N.-B. et son enchâssement dans la Charte canadienne des droits et libertés sont autant d’étapes marquantes de l’évolution des droits collectifs et individuels de la communauté acadienne du N.-B. depuis 50 ans.

La loi provinciale reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques a un mot de plus que le texte enchâssé dans la Charte canadienne, celle-ci dit: «16.1. (1) La communauté linguistique française et la communauté linguistique anglaise du Nouveau-Brunswick ont un statut et des droits et privilèges égaux, notamment le droit à des institutions d’enseignement distinctes et aux institutions culturelles distinctes nécessaires à leur protection et à leur promotion.» La loi provinciale est énoncée de la façon suivante: «… et en particulier de leurs droits à des institutions distinctes où peuvent se dérouler des activités culturelles, éducationnelles et sociales.» La loi provinciale incluant des institutions à vocation «sociale», la communauté acadienne peut l’invoquer pour étendre sa portée aux institutions comme celle touchant à la santé, ce que fait très bien, d’ailleurs, le regroupement Égalité santé en français.

Il devrait donc y avoir un grand intérêt à participer à la gestion de la santé et de l’éducation pour la communauté acadienne et francophone du N.-B.

L’intérêt pour la gestion du réseau de santé est bien portant: pour les huit postes au conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité, 38 candidatures s’offrent aux électeurs. Le portrait est cependant moins encourageant en ce qui a trait aux trois districts scolaires francophones.

Depuis la réforme récente, les gens sont appelés à voter pour des représentants de trois districts scolaires francophones: neuf postes à pourvoir dans le district scolaire francophone du Nord-Est, huit dans le Nord-Ouest et dix postes de représentants au district scolaire francophone du Sud. Difficile d’expliquer les raisons du peu d’intérêt pour ces postes, sauf dans le Nord-Est. Dans celui-ci, sur les neuf sous-districts, il n’y aura pas d’élection dans deux sous-districts. Mais dans le grand district francophone du Sud, où dix postes de conseillers sont à pourvoir, il n’y a pas d’élection dans huit des dix sous-districts. Dans le Nord-Ouest, c’est pire. Non seulement il n’y aura pas d’élection dans six des huit sous-districts, mais dans deux des sous-districts personne n’a présenté sa candidature.

Il faudrait trouver une façon de stimuler l’intérêt des citoyens à se présenter comme représentants aux postes de conseillers scolaires. C’est un poste exigeant tant en matière de réunions que de déplacements pour assister à ces réunions; exigeant aussi sur le plan de la responsabilité. Les besoins en éducation, surtout pour les écoles francophones, sont importants. Le défi est d’autant plus important que les ressources ont été sévèrement comprimées.

Ce qui est malheureux de la tenue des élections des organismes de gestion en santé et en éducation, c’est qu’elles se tiennent en même temps que les élections municipales. Toute l’attention se porte sur les questions municipales, très peu ou pas du tout sur la gestion de l’éducation et de la santé. Ne vaudrait-il pas mieux tenir des élections pour ces secteurs deux ans plus tard que les élections municipales? Nous sommes d’avis que si les élections pour le réseau de santé et les conseils scolaires étaient dissociées des élections municipales, les citoyens seraient mieux disposés à débattre sur ces deux secteurs cruciaux de notre société. Un débat plus vigoureux et plus visible attirerait sans doute plus de citoyens prêts à s’engager dans leur gestion.