Loin du but

Mardi, le commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada, Scott Vaughan, a publié son rapport sur l’état de l’environnement au pays. Comme il fallait s’y attendre, le bilan dressé par M. Vaughan ne plaît pas au gouvernement Harper.

Il fallait s’y attendre parce qu’on ne peut faire avancer la situation de l’environnement au pays en procédant à des compressions budgétaires importantes au ministère qui en est responsable.

Les porte-parole du gouvernement ont récusé en Chambre l’évaluation que fait le commissaire sur les engagements pris par le gouvernement Harper lors de la réunion de Copenhague sur les changements climatiques. Déjà, le recul des objectifs annoncés par le Canada à cette réunion avait valu à notre gouvernement des critiques sévères, non seulement de la part de groupes environnementaux internationaux, mais aussi de plusieurs chefs d’État européens. Beaucoup plus modestes que les objectifs du protocole de Kyoto, dont le Canada se retirera l’an prochain à l’échéance de la première phase, ceux qui ont suivi la conférence de Copenhague ont perçu la position du gouvernement Harper comme une manœuvre visant essentiellement à gagner du temps, en retardant les échéances tout en abaissant les cibles de diminution de la production de gaz à effet de serre.

Le commissaire rappelle que les objectifs canadiens de réduction des gaz à effet de serre sont de les réduire de 17 % d’ici 2020, par rapport aux niveaux connus en 2005. Plutôt que 2005, l’année de comparaison du protocole de Kyoto était, on s’en souvient, ceux de 1990.

À la Chambre des communes, les porte-parole du gouvernement ont affirmé ne pas savoir où le commissaire avait pris ses chiffres pour dire que le Canada allait rater les cibles qu’il s’était fixées à la suite de la conférence de Copenhague, c’est-à-dire la réduction de 17 % d’ici 2020 par rapport au niveau de 2005. Ils ont clamé haut et fort, le ministre de l’Environnement en tête, que les rapports démontrent qu’il y a eu effectivement une baisse des émissions canadiennes de gaz à effet de serre.

En fait, le commissaire reconnaît qu’il y a eu des baisses au cours des dernières années: une réduction de six millions de tonnes en 2008 et en 2009. (1) Le commissaire Vaughan indique toutefois que pour atteindre ses objectifs, le Canada devra réduire de 178 millions de tonnes les émissions de ces gaz. Il reste huit ans pour atteindre l’objectif que le gouvernement Harper avait pourtant qualifié de «plus réaliste». Pas difficile de faire le calcul. À six millions de tonnes par année, le Canada sera à court de ses objectifs par 130 millions de tonnes. Ça n’a pas empêché les ministres d’insinuer que le commissaire ne savait pas ce dont il parlait. C’est une répétition d’attaques sans fondement sur la compétence de hauts fonctionnaires du Parlement auxquelles s’est souvent livré le gouvernement Harper, quand les conclusions de leurs rapports l’embarrassent.

Le commissaire rappelle aussi que le gouvernement Harper avait estimé que se conformer aux objectifs du protocole de Kyoto aurait coûté 14 milliards $ à l’économie canadienne. Ce coût estimé, qu’il jugeait prohibitif, a servi d’argument principal pour se retirer du protocole et le remplacer par les objectifs annoncés après la conférence de Copenhague.

Ce qui ne plaît pas au gouvernement Harper, entre autres, c’est l’observation du commissaire à l’effet que le gouvernement n’a pas établi le coût économique de rencontrer les objectifs à atteindre pour 2020.

Il est faux de prétendre, comme le fait le gouvernement Harper, que le commissaire affirme que les émissions de gaz n’ont pas diminué. Le commissaire conclut plutôt que les réductions observées sont insuffisantes pour atteindre l’objectif.

Plutôt que de dénigrer les conclusions objectives du commissaire à l’environnement et au développement durable, il vaudrait mieux que le gouvernement Harper fasse ses devoirs. Ses attaques contre le commissaire équivalent à celles proférées par des étudiants insouciants et insatisfaits de la note de passage donnée par le professeur.

Référence:
(1) Voir le chapitre 2 du rapport du Commissaire à l’environnement «Honorer les engagements 2020 du Canada en matière de changements climatiques»: http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_cesd_201205_00_f_36772.html