Le vent du changement

Encore une fois cette année, nous avons droit à une campagne électorale mouvementée. Des luttes serrées, des controverses, des débats vigoureux, des coups bas aussi… Le rendez-vous du 14 mai nous réservera-t-il des surprises?

Au cours des dernières semaines, vous avez lu dans ces pages, écouté à la radio ou vu à la télévision des reportages sur les élections municipales.

Il est toujours hasardeux de faire de grands énoncés provinciaux dans ce type de campagne, tant les enjeux diffèrent d’une région à l’autre, et même d’un village à l’autre. Mais le fait demeure que pour la troisième élection consécutive, des changements majeurs risquent de survenir.

Rafraîchissons-nous un peu la mémoire. En 2004, les maires les plus connus avaient été victimes d’une purge, rien de moins. Les électeurs de Saint-Jean, de Fredericton, de Bathurst et d’Edmundston avaient tous mis dehors leur maire sortant. Même chose dans de nombreux petits villages et petites villes. «On leur montre la porte en guise de merci. On se demande tous, aujourd’hui, ce que nous avons bien pu faire de mal», avait déclaré dans nos pages celui qui était alors le premier élu de Shediac et président de l’Association francophone des municipalités, Camille Belliveau, lui-même emporté par la tempête.

Au total, 16 des 33 maires sortants qui faisaient face à de l’opposition avaient connu l’amertume de la défaite, parfois très sévèrement.

Quatre années plus tard, en 2008, les élections ont encore une fois été fertiles en rebondissements. Le candidat Jean LeBlanc a obtenu trois fois plus de votes que le maire sortant, Achille Maillet. Pour la deuxième élection d’affilée, un président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (Jean Lanteigne, à Bas-Caraquet) a été évincé. Le maire sortant de Saint-Jean, Norm MacFarlane, avait terminé quatrième. Et de vieux routiers avaient fait un retour, à commencer par Bruce MacIntosh (Campbellton) et Jacques Martin (Edmundston).

Les élections du 14 mai 2012 seront-elles aussi émotives et fertiles en rebondissements que celles de 2008 et de 2004?

Si les luttes que se livrent les candidats et l’intérêt que leur portent les électeurs sont annonciateurs d’un vent de changement, nous pourrions être témoins de quelques surprises.

Le cas de Caraquet est déjà amplement documenté. Trois candidats veulent succéder au maire Antoine Landry, qui prend sa retraite. Mais on entend moins parler de leur programme électoral respectif que d’allégations de conflits d’intérêts et de fraude au sein de l’administration municipale, ainsi que d’une possible enquête de la GRC. Sans compter que l’un des trois candidats soulève la controverse au point où le Téléjournal Acadie a posé des questions sur sa santé mentale cette semaine…

À Dieppe aussi, trois candidats tentent de succéder à un maire qui ne se représente pas. Et ça joue dur. Sous le couvert de l’anonymat, une personne ou une organisation a envoyé par la poste un dépliant à tous les Dieppois afin de critiquer le bilan de l’ancien maire Yvon Lapierre, qui tente un retour.

Pendant ce temps, à Edmundston, le maire sortant, Jacques Martin, affronte un adversaire fort, Cyrille Simard. L’issue du scrutin est incertaine, et M. Simard a été accusé par M. Martin d’avoir sa résidence principale à l’extérieur des limites de la municipalité.

Dans le Restigouche, l’Acadie Nouvelle révèle aujourd’hui l’existence d’un malaise concernant le fait que des candidats unilingues anglophones, ou dont le français est très limité, tentent de se faire élire au sein du Réseau de santé (francophone) Vitalité.

À Saint-Léolin, le maire sortant, Joseph Lanteigne, accuse son unique opposant, Mathieu Chayer, de mener une campagne de désinformation. À Maisonnette, un jeune âgé de 19 ans tente de vaincre un vieux routier au passé controversé. Et on en passe…

Des luttes sans pitié, des électeurs qui ont des opinions et qui s’apprêtent à trancher en faisant un petit X dans un carré, voilà des signes d’une démocratie en santé.

Du moins, là où il y aura des élections. Car ne l’oublions pas, près de la moitié des municipalités éliront leur maire par acclamation. Sans compter que les résidants des 267 districts de services locaux du N.-B. n’auront pas le privilège d’élire leurs représentants lundi.

La démocratie a encore du chemin à parcourir au N.-B.