C’est assez

Dans la lutte contre l’intimidation en milieu scolaire, le gouvernement provincial est sur le point de remettre aux écoles des outils qui leur permettront de mieux faire face à ce fléau.

Le ministre de l’Éducation, Jody Carr, a présenté un projet de loi, mercredi, visant à combattre l’intimidation dans les écoles. Pour le moment, les écoles sont quelque peu laissées à elles-mêmes. Elles gèrent les cas comme elles le peuvent. Quand la situation dérape, le district scolaire est appelé à décider s’il faut transférer la victime dans une autre école, la laisser à la maison, lui adjoindre une sorte de garde du corps, etc.

Tout cela va bientôt changer.

Le projet de loi prévoit des règles précises que les écoles devront suivre. Tous les cas d’intimidation devront être immédiatement référés aux conseils de district scolaire. Mieux encore, les actes commis à l’extérieur des écoles, mais qui ont ensuite un impact dans la cour d’école ou dans l’établissement scolaire, nécessiteront aussi des interventions.

L’intimidation sera désormais définie comme étant une inconduite grave. Deux coordonnateurs provinciaux auront pour mandat de s’assurer que les règles d’intervention seront bien suivies d’une école à l’autre. Le ministre Carr s’engage à faire rapport des progrès chaque année à la législature.

À première vue, le projet de loi semble bien ficelé. Il obtient aussi l’appui de l’opposition officielle. Quand vient le temps de s’attaquer à l’intimidation, tous les députés néo-brunswickois parleront d’une seule voix. Le message n’en sera que plus puissant.

Surtout, le projet de loi accorde une plus grande responsabilité aux intervenants scolaires. Car si l’appui de Fredericton est important et nécessaire, il reste que c’est dans les cours d’école que la lutte contre l’intimidation sera (peut-être un jour) remportée.

L’intimidation en milieu scolaire n’est pas un phénomène nouveau. La plupart des gens qui ont fréquenté les écoles néo-brunswickoises ont été témoins d’actes d’intimidation ou les ont subis eux-mêmes. C’était vrai hier, ce l’est encore aujourd’hui.

Alors, pourquoi le gouvernement provincial a-t-il choisi de s’attaquer au problème maintenant? Parce que l’opinion publique a basculé, tout simplement.

Il existe depuis 2009 une Journée contre l’intimidation au Nouveau-Brunswick, grâce à l’initiative de Rob Frenette, un militant anti-intimidation de Bathurst qui a été victime de harcèlement pendant presque toutes ses années à l’école. Mais le phénomène faisait malgré tout peu souvent les manchettes.

Tout a changé à la fin novembre quand une Québécoise âgée de 15 ans, Marjorie Raymond, s’est enlevé la vie. Elle a laissé derrière elle une lettre racontant comment sa vie à l’école était devenue un véritable enfer.

Son décès a causé une onde de choc à travers le Québec, mais aussi en Acadie, où les activités contre le harcèlement à l’école se multiplient depuis.

Dans les derniers mois seule­ment, des élèves de Bas-Caraquet ont réalisé un film, intitulé Les pouvoirs de l’intimidation, qui traite de cette problématique. Une manifestation a réuni 600 élèves du Carrefour de l’Acadie de Dieppe. Un forum a eu lieu à Saint-Louis-de-Kent. Un barrage symbolique (une murale, en fait) a été érigé contre l’intimidation à l’école Versant-Nord d’Atholville. Des enfants de Cap-Pelé ont vendu un calendrier contenant des oeuvres montrant les effets du harcèlement. Plus d’élèves que jamais ont porté le rose ou le bleu lors de la Journée contre l’intimidation. La chanteuse Kelly Blais a témoigné des problèmes qu’elle a vécus dans son adolescence. Et nous en passons.

C’est parce que les Néo-Brunswickois, à commencer par ceux qui fréquentent les cours d’école, ont levé la voix et dit «c’est assez» que le gouvernement a finalement bougé sur cette question. C’est de cette même façon que les mentalités évolueront et que l’intimidation sera peut-être enrayée, une cour d’école à la fois.

C’est loin d’être gagné. Mais le Nouveau-Brunswick, dans ce dossier du moins, avance dans la bonne direction.