Le compromis avant la ligne dure

Il n’est pas commun pour un ministre ou un gouvernement de faire marche arrière une fois qu’une décision a été rendue publique, même quand elle soulève la controverse et suscite de l’opposition.

La mort d’un homme attaqué par un cerf de Virginie (un chevreuil) qu’il gardait en captivité, en octobre 2011, dans la région de Saint-Léonard, avait ébranlé le ministre des Ressources naturelles, Bruce Northrup.

En effet, de tels élevages sont illégaux au Nouveau-Brunswick. Malgré la loi, et pour des raisons qui ne sont pas claires, les gouvernements ont toujours toléré leur présence, sans entreprendre d’actions pour mettre fin à cette petite industrie.

Après le décès de Donald Dubé, le ministre Northrup a décidé d’agir. Les principaux intéressés ont reçu la directive de vendre leurs bêtes là où c’est légal de le faire. Sinon, ils étaient dans l’obligation de les abattre. La date limite était le 15 juin, un ultimatum que les éleveurs n’avaient aucune intention de respecter.

Cette décision était mal avisée. Face à la possibilité de perdre leur passion, leurs investissements et leurs revenus, les entrepreneurs ont, sans surprise, contesté l’ordre venant du ministère. Les esprits se sont parfois échauffés. Un éleveur doit d’ailleurs répondre de ses actions devant les tribunaux.

Face à l’intransigeance du ministre, l’Acadie Nouvelle a publié un éditorial, dans lequel nous lui avons demandé de reculer. Il nous semblait inacceptable de voir un gouvernement abattre ou forcer la vente de quelque 150 chevreuils, et d’éliminer le gagne-pain de Néo-Brunswickois, dans le but de mettre fin à une industrie qu’il a lui-même tolérée, et donc indirectement encouragée, pendant toutes ses années. Après tout, ce n’est pas comme si Fredericton ignorait tout de ces élevages, dont certains sont devenus au cours des années de véritables petites attractions touristiques.

Cette semaine, le gouvernement a plié. Nous félicitons le ministre Northrup, qui a préféré marcher sur son orgueil plutôt que de commettre une injustice.

Notons ici que les éleveurs ne peuvent pas complètement crier victoire. Le gouvernement s’est seulement engagé à étudier les risques et avantages liés à de tels élevages. Il analysera comment cette industrie prospère dans d’autres juridictions, et quels sont les règlements en vigueur qui permettent d’assurer la sécurité tant des éleveurs, du public que des cerfs de Virginie.

Il est possible qu’après avoir terminé cette analyse, le ministre reprenne la ligne dure et tente à nouveau d’éliminer les chevreuils d’enclos au Nouveau-Brunswick.

S’il décide d’aller dans cette direction, nous croyons que le gouvernement devra compenser les éleveurs pour leurs pertes. Pendant des décennies, sous l’oeil alors peu intéressé de Fredericton, ceux-ci ont investi dans l’achat d’animaux et dans la construction d’infrastructures. Des investissements évalués à plusieurs milliers de dollars.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne peut pas faire comme si tout cela s’était passé dans le secret sans qu’il soit au courant. S’il y a aujourd’hui des cerfs de Virginie qui vivent dans des enclos dans plusieurs régions de la province, c’est parce que les autorités ont accepté cette situation sans rien dire pendant des années.

Une autre option s’offre à la province, soit de réviser la loi et de légaliser les enclos à chevreuils. Les éleveurs seraient alors soumis à une réglementation provinciale qui, espérons-le, pourrait éviter la répétition d’un drame comme celui qui s’est produit l’année dernière. Cela permettrait aussi de rassurer les fonctionnaires de Fredericton qui ont des inquiétudes au sujet des élevages, notamment la sécurité et la propagation de maladies.

Pour le moment, c’est cette voie que semble désormais privilégier le gouvernement Alward. C’est une bonne nouvelle.