L’avenir de la SANB

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Jean-Marie Nadeau, a été élu pour un troisième mandat consécutif. Ce n’est pas une surprise. Malgré la forte campagne menée par son adversaire, Martin LeBlanc Rioux, il semblait clair à la plupart des observateurs informés que les membres choisiraient la continuité.

La Société de l’Acadie (SANB) du N.-B. compte environ 20 000 membres. Mais ce chiffre tient plus du mythe que de la réalité. En effet, toute personne qui joint la SANB devient membre à vie. La liste comprend nombre de noms de personnes qui ne vivent plus dans la province, qui ignorent qu’elles sont encore membres, qui ont perdu intérêt ou même qui sont décédées.

Il existe toutefois un noyau dur, composé de gens qui croient en la cause acadienne et qui se battent au quotidien dans toutes les régions de l’Acadie néo-brunswickoise pour améliorer notre sort. On les retrouve surtout au sein des sections locales, où elles mènent de front des causes importantes, comme l’imposition de l’affichage commercial bilingue dans les municipalités à prédominance francophone.

Ajoutez à cela d’autres Acadiens pas particulièrement engagés dans le mouvement, mais qui y croient au point d’assister aux assemblées générales annuelles, ainsi que les représentants du Forum des organismes acadiens, et vous vous retrouvez avec un groupe d’environ 200 personnes qui adoptent les résolutions de l’organisme et élisent le nouveau président.

Ce sont grosso modo ces mêmes gens qui avaient donné à deux reprises leur appui à Jean-Marie Nadeau. Il fallait donc un revirement de situation spectaculaire pour qu’un candidat de l’extérieur réussisse à le faire tomber. Ce ne fut pas le cas.

Une campagne électorale aussi médiatisée que celle qui vient de se terminer est une bonne chose pour la SANB. Un plus grand nombre de citoyens se sont intéressés à l’organisme et aux causes qu’il défend, notamment la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B., qui a été au coeur de cette élection. Il est probable que plusieurs personnes ont acheté leur carte de membre afin d’appuyer l’un ou l’autre des candidats.

La campagne a cependant mis en lumière le fait que le président n’est élu que par un groupe restreint. Jean-Marie Nadeau peut-il espérer négocier d’égal à égal avec le premier ministre David Alward quand il a été élu par un si petit nombre de personnes? Cela sans oublier que le résultat a été gardé secret. En raison d’une vieille coutume qui ne l’honore pas, la SANB refuse de dire combien de votes chaque candidat a obtenus. Une stratégie qui a sans doute pour but de limiter les divisions, mais qui manque de transparence et qui date d’une autre époque.

Pourtant, ce système qui a porté M. Nadeau au poste de président est le même qui l’a maintenu en place au cours des quatre dernières années, et qui a permis par le passé l’élection des Marie-Pierre Simard, Jean-Guy Rioux, Lise Ouellette, Michel Doucet et compagnie. Pourquoi ne serait-il subitement plus adéquat? Parce que la campagne électorale a mis en lumière les faiblesses du système, tout simplement.

Nous sommes à l’ère des réseaux sociaux et du web. La SANB, qui célébrera ses 40 ans l’an prochain, doit modifier son approche et ratisser plus large.

L’idée de permettre le vote par Internet soulève notre intérêt. Des partis politiques ont choisi cette voie, qui permet d’élargir l’électorat et de diminuer le pouvoir décisionnel d’un petit groupe de votants.

La SANB joue un rôle trop important dans l’avancée du peuple acadien pour qu’elle se cantonne dans ses vieilles méthodes. Élargir l’électorat, c’est augmenter la participation citoyenne acadienne. C’est aussi faire grandir encore plus sa légitimité. Et ultimement, cela augmentera le pouvoir de ses dirigeants de faire progresser les dossiers qui nous sont chers.

Tout cela, la SANB le sait déjà. Cette idée et bien d’autres (l’élection du président au suffrage universel, par exemple) sont déjà à l’étude. Il est important qu’elles ne restent pas à l’état d’idées, et que des changements aient lieu dans les prochains mois ou années.