L’anglais à l’école

La décision de deux polyvalentes de la Péninsule acadienne d’offrir en anglais des cours d’arts visuels aux élèves de 9e année a causé une petite onde de choc dans les régions touchées, mais aussi à travers l’Acadie.

Et pour cause. Les francophones, ce n’est pas un secret, sont minoritaires au Nouveau-Brunswick. L’anglais domine. Le spectre de l’assimilation n’est jamais bien loin.

Dans les années 1970, les Acadiens ont remporté une victoire importante, cruciale même, pour leur survie. Ils ont convaincu le gouvernement de Richard Hatfield de mettre fin aux écoles bilingues. Le système d’éducation a été divisé en deux. Les élèves anglophones étudient dans leur langue, dans leurs écoles, dans leur système. Même chose pour les francophones. C’est la dualité en éducation.

La décision a eu un impact énorme dans la lutte contre l’assimilation. La place du français et de l’Acadie ne serait pas la même aujourd’hui au Nouveau-Brunswick sans la dualité. Le taux d’assimilation des petits francophones serait plus élevé dans à peu près toutes les régions de la province. Dans les écoles dites bilingues, c’est l’anglais qui était la langue la plus utilisée dans les cours des écoles.

Inutile de dire qu’enseigner des cours d’arts visuels en anglais aux jeunes de Shippagan et de Caraquet (la polyvalente de Tracadie-Sheila fera aussi de même en septembre) ranime de vieilles craintes.

De plus, des enseignants unilingues français ou dont l’anglais est rudimentaire craignent le jour où on leur demandera d’enseigner dans la langue de Shakespeare. Ajoutez le fait que des artistes se demandent pourquoi leur domaine a été privilégié pour ce projet pilote (plutôt que les mathématiques, la géographie, etc.) et vous avez tous les ingrédients d’un cocktail qui peut devenir explosif.

Heureusement, les autorités du District scolaire 9 et du ministère de l’Éducation ont compris l’importance d’être transparents et de favoriser la discussion afin d’apaiser les craintes. Une rencontre avec l’Association acadienne des artistes professionnels et l’Association des enseignantes et enseignants francophones du N.-B. a permis de mettre les choses au clair.

Ainsi donc, une tempête dans un verre d’eau ne se transformera pas en tempête linguistique.

C’est tant mieux, parce qu’il n’y a dans ce cas-ci jamais eu de véritable menace linguistique. Avec le Madawaska, la Péninsule acadienne est la région francophone la plus homogène de la province. Il est possible de vivre toute sa vie dans ces régions tout en ne parlant que quelques mots d’anglais. Nous sommes loin des salles de classe de Moncton, où les petits francophones côtoient les enfants d’ayants droit ou d’immigrants, lesquels peinent souvent à s’exprimer dans notre langue.
Le défi de la construction identitaire, c’est-à-dire de favoriser l’épanouissement de la fierté francophone dès le plus jeune âge, est infiniment plus complexe à Moncton qu’à Shippagan.

De même, l’élève francophone du Sud-Est sera mis en contact plus souvent et plus rapidement avec l’anglais dans sa vie de tous les jours. Ce n’est pas le cas pour celui de la Péninsule acadienne. L’apprentissage de l’anglais s’y fait moins naturellement.

Deux écoles, à l’initiative d’enseignants dévoués, ont donc décidé de donner des cours d’art en anglais. L’initiative semble à première vue un succès, puisqu’elle sera répétée dans une troisième polyvalente, et que d’autres cours seront aussi offerts dans cette langue.

Tout ce qui touche l’éducation de nos enfants et la langue mérite notre attention. Ces décisions ne peuvent pas être prises à la légère. Nous ne devons pas relâcher notre vigilance.

Mais dans le cas qui nous occupe, rien ne laisse croire que les enfants de Shippagan, de Caraquet et de Tracadie-Sheila sont menacés de perdre leur langue, leur identité ou leur culture. Dans ce contexte, ces cours offerts en anglais ne doivent pas être vus comme une menace, mais comme une approche innovatrice qui permettra à ces futurs adultes de mieux tirer leur épingle du jeu dans un avenir proche, où l’anglais prendra toujours plus d’importance.