Grand-Pré à Saint-Pétersbourg

L’an dernier, il y avait eu tout un mouvement d’appui au Nouveau-Brunswick pour faire reconnaître la baie de Fundy comme patrimoine mondial naturel. Tant le gouvernement du Nouveau-Brunswick que celui de la Nouvelle-Écosse avaient incité la population à multiplier les manifestations d’appui à la baie. Cette année, c’est la communauté acadienne de l’Atlantique qui retient son souffle en attendant la décision du Comité du patrimoine mondial qui se penche, entre autres, sur le site historique de Grand-Pré.

Le 1er octobre 2004, le site historique de Grand-Pré comme patrimoine mondial a été inclus sur une liste indicative. Le 31 janvier 2011, la candidature formelle de Grand-Pré comme patrimoine mondial a été soumise au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, cet organisme des Nations Unies dédié à l’éducation, la science et la culture.
Depuis 40 ans, l’UNESCO administre pour les Nations Unies la Convention du patrimoine mondial. Dimanche, le 24 juin, la 36e session du Comité du patrimoine mondial s’est ouverte à Saint-Pétersbourg, en Russie. La session se poursuit jusqu’au 6 juillet.

Afin de compléter l’évaluation de la candidature de Grand-Pré, une mission technique d’évaluation a visité le site du 25 au 29 septembre 2011. Selon ce qu’on apprend en lisant le dossier d’évaluation de Grand-Pré préparé à l’intention du Comité du patrimoine mondial, la candidature du site chevauche deux catégories: celle des biens culturels, mais aussi celle dédiée au paysage culturel.

En recevant le 14 mars l’approbation du Conseil international des monuments et des sites (généralement connu sous son acronyme anglais, ICOMOS), le site de Grand-Pré a franchi une étape importante: il répond à tous les critères et a été inscrit sur la liste des sites à considérer par le Comité du patrimoine. Voici comment est décrit pour le Comité le site de Grand-Pré:

«Le “marais” de Grand-Pré et les sites archéologiques des anciens villages associés de Grand-Pré et de Hortonville constituent un paysage culturel qui témoigne d’un effort technique multiséculaire remarquable de poldérisation agricole, dans une situation maritime aux coefficients de marée exceptionnels. Il montre en particulier la permanence de son système de drainage hydraulique à base de digues et d’aboiteaux et de son usage agricole par le biais d’un système communautaire de gestion fondé par les Acadiens et repris par les Planters et leurs successeurs contemporains. Grand-Pré témoigne également de l’histoire des Acadiens aux XVIIe et XVIIIe siècles et de leur déportation (1755), formant leur principal lieu de mémoire et le “paysage symbolique” par excellence de leur passé.»

Un peu plus loin dans le document d’évaluation, une attention particulière est portée au système de gestion des marais dédiés aux activités agricoles sur le site: «L’ensemble des vestiges techniques et structurels de la poldérisation du marais et de sa gestion hydraulique présente tous les éléments nécessaires à sa compréhension: digues, aboiteaux, réseau de drainage, chemins, implantations humaines côtières, parcellaire agricole, etc. Les vestiges archéologiques mis au jour au village de Grand-Pré sont cependant moins importants qu’espéré au vu de la documentation archivistique. Les témoignages matériels de la culture acadienne sont essentiellement structurels et topographiques. L’ensemble permet une compréhension de l’implantation générale des Acadiens puis des Planters à Grand-Pré.»

Le comité évalue 36 sites durant ses assises à Saint-Pétersbourg. La concurrence au site de Grand-Pré est donc forte. Deux points faibles du site de Grand-Pré sont signalés dans le document d’évaluation: la modestie des vestiges archéologiques et la crainte que la protection du site patrimonial n’accélère l’abandon graduel de l’agriculture dans la région immédiate du site.

Les initiateurs de la candidature de Grand-Pré méritent notre encouragement et nos félicitations. Si le Comité du patrimoine mondial devait inscrire Grand-Pré dans son registre officiel, l’histoire du peuple acadien profiterait définitivement d’une notoriété accrue, sans compter que son inscription ferait sans doute croître le flux de visiteurs sur le site.