La cote Valcourt à la hausse

À peu près personne ne s’ennuiera de la ministre démissionnaire Bev Oda. Dans l’effet domino qui a suivi son départ, la décision de Stephen Harper d’accorder plus de responsabilités à Bernard Valcourt en dit long sur la cote de ce dernier auprès du premier ministre du Canada.

Bev Oda était ministre de la Coopération internationale. Mais c’est surtout en raison de ses excès, et du mépris avec lequel elle dépensait l’argent des contribuables, qu’elle s’est fait connaître. Tout récemment, en avril, elle avait refusé de coucher dans un hôtel 5 étoiles de Londres et avait exigé de dormir dans un établissement encore plus luxueux, à 665 $ la nuit. En prime, elle avait refilé une facture de 16 $ aux contribuables pour un jus d’orange, et avait loué une limousine pour ses déplacements.

Mme Oda avait été impliquée dans d’autres controverses du genre au cours des années, et était devenue un boulet pour le gouvernement. Sa crédibilité était entachée, sa démission ou son congédiement réclamés. C’est maintenant fait. Bon débarras.

Julian Fantino, un ex-chef de police de la Ville de Toronto, abandonne ses fonctions de ministre associé à la Défense nationale afin de remplacer Mme Oda à la Coopération internationale.

Et c’est ainsi que Bernard Valcourt devient ministre associé à la Défense, en remplacement de M. Fantino.

M. Valcourt conserve ses fonctions de ministre d’État responsable de la Francophonie et de l’Agence de développement économique du Canada atlantique, auxquelles s’ajoute son nouveau titre de ministre associé.
Notez ici le mot «associé» qui accompagne son nouveau titre. Le vrai patron à la Défense nationale reste Peter MacKay. M. Valcourt devient une sorte de ministre junior qui représentera le vrai ministre lorsqu’il sera absent, à la Chambre des communes ou auprès des militaires. Il aura aussi des responsabilités précises à assumer.

Il faut toutefois savoir lire entre les lignes. Stephen Harper a fait élire 166 députés lors des élections générales de 2011. De tout ce groupe, seulement deux députés ont reçu une promotion mercredi: Julian Fantino et Bernard Valcourt. Il s’agit d’une marque de confiance à leur égard.
De plus, le ministre de la Défense, Peter MacKay, est embrouillé dans de nombreuses controverses depuis le début de son mandat, la principale étant le coût d’achat des avions de guerre F-35. M. McKay est accusé par l’opposition d’avoir menti sur, ou grossièrement sous-estimé, le prix d’achat de ces avions, qui risquent de coûter aux contribuables 9 milliards $ de plus que prévu.

Dans les circonstances, il était clair que Stephen Harper allait nommer un ministre associé en qui il a confiance.

Depuis son retour en politique, et qu’il a été nommé ministre d’État, Bernard Valcourt a fait preuve d’une grande loyauté envers son chef à Ottawa. Il a toujours vaillamment défendu les décisions du gouvernement, y compris les plus impopulaires.

Il n’hésite pas, par exemple, à défendre la réforme de l’assurance-emploi. M. Valcourt vient pourtant d’une circonscription qui compte plus que sa part de travailleurs saisonniers. Ils sont nombreux dans Madawaska-Restigouche à craindre l’impact qu’aura la réforme sur leurs revenus et leur mode de vie, particulièrement au sein de l’industrie des forêts.

Or, M. Valcourt n’a jamais fléchi. Il a vanté la réforme avec le même aplomb que s’il représentait une circonscription de Toronto. On n’a jamais senti qu’il allait se distancer de son gouvernement pour défendre publiquement ses électeurs les plus touchés par les modifications au régime de l’assurance-emploi.

Cette loyauté envers Stephen Harper n’est sans doute pas passée inaperçue dans les cercles du pouvoir à Ottawa, d’où cette promotion. Il est sur l’écran radar du premier ministre. Sa cote est à la hausse.

Si Bernard Valcourt tire bien son épingle du jeu en tant que ministre associé à la Défense nationale, il pourrait même être appelé à de plus hautes fonctions, lors d’un futur remaniement ministériel ou après les prochaines élections, advenant que le gouvernement Harper soit reporté au pouvoir.

M. Valcourt profitera alors des fruits de son travail. Espérons que ce sera aussi le cas des gens du Madawaska-Restigouche et de tout le Nouveau-Brunswick qui sentent parfois que les priorités du gouvernement Harper sont bien loin des leurs.