S’unir pour ne pas tout perdre

De plus en plus de municipalités et de districts de services locaux réalisent qu’ils devront se regrouper, unir leurs forces ou simplement trouver une façon de travailler ensemble s’ils veulent sauver leurs infrastructures. Le vent souffle dans cette direction.

Pour l’instant, les avancées se font à petits pas, de façon prudente. Vous n’entendrez personne parler de fusion, un mot trop lourd de sens qui rappelle les amalgamations forcées à Edmundston et à Saint-Jean. Les mots «transparence» et «consultations» sont à l’honneur.
Mais cela sera-t-il suffisant?

On le voit à Dalhousie depuis des mois, convaincre une ville, des villages et des DSL aux intérêts différents de travailler dans un même but n’est pas un exercice facile. Surtout s’il faut convaincre les contribuables de sortir de l’argent de leurs poches.

L’an dernier, à force de négociations, Dalhousie avait réussi à convaincre Eel River Crossing, Charlo et la Première Nation d’Eel River Bar d’investir une somme équivalant à une hausse de 0,03 $ de leur taxe foncière. Balmoral avait refusé de payer. Ainsi donc, les citoyens de cette municipalité qui désiraient utiliser l’aréna de Dalhousie se sont vu imposer une taxe de 500 $ par utilisateur.

Cette année, à la suite de la publication d’un rapport d’un comité sur le partage des coûts des infrastructures publiques, le montant réclamé aux municipalités voisines de Dalhousie a augmenté de beaucoup. Cette fois, toutes ont refusé de débourser l’argent demandé. Nous sommes de retour à la case départ.

À Tracadie-Sheila, le projet est encore plus ambitieux. Un comité tente depuis plusieurs mois de convaincre 18 DSL de Péninsule-Sud de se regrouper avec la ville-centre, Tracadie-Sheila. Même en marchant sur des oeufs, les promoteurs du projet peinent à éviter toutes les susceptibilités. Encore là, la question des taxes, mais aussi de l’identité à sa communauté, pousse certains réfractaires à s’opposer publiquement au projet. Ils ont fait appel au premier ministre, David Alward, qui a cependant répliqué en signant une lettre où il accorde son appui aux partisans du regroupement. Il aurait été malvenu de faire autrement, son gouvernement étant dans le processus de créer des commissions de services régionaux à travers la province.

Dans la région de Shippagan, on retrouve aussi un projet de regroupement. L’initiative est portée directement par les municipalités de Shippagan, de Le Goulet et de huit DSL, ce qui améliore sensiblement ses chances de succès. Mais le projet n’en est qu’à ses balbutiements, et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de crier victoire.

Comme on le voit, ceux qui militent pour le changement doivent patiner sur une glace bien mince. Chaque mot est soupesé, de crainte qu’un dérapage ne jette en l’air les projets les mieux ficelés. Le moindre faux pas peut tout faire dérailler, comme on l’a malheureusement constaté dans le Restigouche-Est.

Heureusement, il existe des exemples de réussites. Au cours des dernières années, Lac-Baker, Saint-André-de-Madawaska, Kedgwick et les communautés de Beaubassin-Est ont toutes réussi à briser des frontières.

C’est sans compter les projets qui ont été réalisés grâce à la solidarité. Ainsi donc, il n’y aurait pas de Piscine régionale à Shippagan ou de Centre E.-et-P.-Sénéchal à Grand-Sault si plusieurs communautés n’avaient pas mis leurs modestes moyens en commun pour une même cause.

Depuis la Convention nationale de Miscouche, en 1884, la devise nationale des Acadiens est L’union fait la force. Cette devise est autant d’actualité aujourd’hui qu’elle l’était il y a 128 ans. Les défis démographiques, avec en tête l’exode des populations des régions rurales, font que nous n’avons plus le choix de repenser notre façon de nous développer, au risque de perdre nos acquis les uns après les autres.