Le rêve olympique

Un concours organisé par la CBC à travers le Canada s’est terminé avec un résultat surprise: les auditeurs (du moins, ceux qui ont participé au sondage) souhaitaient que le porte-drapeau du Canada lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Londres soit la Néo-Brunswickoise Catharine Pendrel.

Catharine Pendrel est originaire de la petite communauté de Harvey Station, non loin de Fredericton. Elle est la championne du monde en titre en cyclisme cross-country, et est l’un des meilleurs espoirs de médaille du Canada à Londres.

Sa candidature en tant que porte-drapeau n’a pas été retenue par le Comité olympique canadien, qui lui a préféré le médaillé d’or et d’argent olympique Simon Whitfield, un triathlète qui tentera à 37 ans de se retrouver sur un podium olympique pour la troisième fois.

Même si elle n’a pas été retenue, la candidature de Catharine Pendrel a provoqué un certain engouement. Il s’agit d’un bel honneur, mais qui, malheureusement, ne rejaillira que très peu sur le Nouveau-Brunswick.
Catharine Pendrel, nous l’écrivions plus haut, est originaire de la région de la capitale provinciale. Mais si elle était restée dans sa région natale, non seulement n’aurait-elle jamais gagné ce concours, mais il est probable qu’elle n’aurait jamais participé aux Jeux olympiques.
Si elle est aujourd’hui l’un des plus beaux espoirs de médailles du Canada, c’est parce qu’elle a choisi de s’exiler en Colombie-Britannique alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. Étudiante à l’Université de Victoria, elle a joint le club de cyclisme de l’établissement, sans savoir à l’époque que cela la mènerait à faire le tour du monde et à devenir une athlète olympique. Encore aujourd’hui, ils sont plusieurs, y compris de nombreux journalistes sportifs, à croire qu’elle est une Britannico-Colombienne.

La même histoire revient à chaque année olympique. L’appui aux athlètes de pointe néo-brunswickois est déficient dans notre province. Tout est à faire, tant au niveau des infrastructures que du financement. À quelques rares exceptions près, un athlète acadien qui veut briller sur la scène internationale, ou même canadienne, doit non seulement quitter son patelin, mais aussi sa province.

Les exemples sont nombreux. L’Acadie Nouvelle publie régulièrement des articles racontant les exploits du marathonien Réjean Chiasson. Le coureur originaire de Tilley Road vise les Jeux olympiques d’été de 2016, au Brésil. Fier d’être Acadien, c’est toutefois à Toronto qu’il a pu trouver le financement et l’encadrement nécessaires pour progresser. Même chose pour Myriam Lamarche, une judoka acadienne de talent qui s’est entraînée à Montréal avant de prendre sa retraite des compétitions pour des raisons personnelles, mais aussi parce qu’elle n’en pouvait plus de vivre près du seuil de la pauvreté.

Le sport est l’enfant pauvre du Nouveau-Brunswick. Le gouvernement provincial est fauché, et l’aide aux sportifs n’est pas une priorité. Notre province est aussi très loin sur le radar des fédérations nationales. Comme dans toutes les petites provinces, nos athlètes sont condamnés à se débrouiller seuls, ou presque. Ou à s’exiler.

Pour renverser la vapeur, il faut plus d’argent, mais aussi une meilleure organisation afin de maximiser les maigres ressources. D’ici là, il nous restera toujours la fierté de voir nos jeunes triompher aux Jeux de l’Acadie… en attendant que les meilleurs, les plus débrouillards et les plus indépendants d’entre eux quittent le nid familial pour pourchasser leur rêve, à partir de Montréal, de Toronto, de Calgary ou de plus loin encore.

Heureusement, tout n’est pas noir. Des gens de la communauté s’unissent. Par exemple, après la perte de son principal commanditaire, ayant déjà peu d’appui de Course N.-B., Réjean Chiasson a trouvé de l’aide à Saint-Isidore, où des compatriotes ont décidé d’organiser une collecte de fonds pour l’aider. Plus récemment, à la Classique Luc-Bourdon, des mécènes ont donné plus de 10 000 $ pour sa cause. Il n’y a pas qu’à Star Académie où le peuple acadien est capable de montrer sa fierté.

Cela sans compter qu’une ville comme Moncton compte désormais plusieurs infrastructures (avec en tête le stade d’athlétisme) qui n’ont rien à envier au reste du pays.

Le N.-B. pourra-t-il offrir un jour un encadrement suffisant pour mener nos jeunes athlètes aux plus grands honneurs? Peut-être pas. Mais dans un contexte où l’appui au sport amateur sera toujours minime dans la province, chaque petite victoire et chaque geste de solidarité comptent.