L’attitude incontournable

L’ex-directeur général des Nations Unies, Kofi Annan, a eu beau multiplier les rencontres avec le régime syrien, le président Bachar el-Assad semble déterminé à combattre jusqu’au bout la rébellion contre son régime qui dure maintenant depuis un an et demi.

Comme la presse internationale n’est pas admise en Syrie, il est difficile d’évaluer exactement la quantité de morts engendrées par le conflit. Le chiffre le plus souvent avancé au cours des dernières semaines arrondit le nombre de fatalités à environ 15 000 morts, ce qui semble crédible selon ce que rapportent des sources locales sur les médias sociaux ou par courriel à des agences de presse. Bien que confinées à certaines régions et incapables d’intervenir parce qu’elles n’en ont pas le mandat, les troupes onusiennes confirment qu’une centaine de personnes meurent chaque jour en Syrie, victimes du conflit armé entre le régime et les rebelles. Pour sa part, l’Agence France-Presse rapportait samedi que les observateurs de l’ONU estiment que l’attaque des troupes gouvernementales à Treimsa ce jour-là a coûté la vie à pas moins de 115 personnes dans cette seule ville. Le compte a depuis été revu à la hausse, puisque le Canada estime qu’il y aurait eu plus de 200 victimes.

Il n’y a pas que les civils qui meurent victimes du conflit. Selon un article publié par le Los Angles Times le 29 juin, chaque jour le régime syrien enterre en moyenne une vingtaine de ses soldats, morts au combat contre les forces rebelles un peu partout au pays. Mais en juin, cette moyenne quotidienne de cérémonies funéraires pour les militaires a doublé: elle avait augmenté à 42 selon les informations recueillies par le journal auprès de diverses sources. Donc, les assurances d’el-Assad à M. Annan quant à un cessez-le-feu ne sont finalement que du verbiage: alors que Kofi Annan était ressorti d’une réunion avec le président syrien en pensant avoir négocié un cessez-le-feu acceptable, sur le terrain, le conflit armé s’est plutôt intensifié.

À l’instar de son homologue américaine, la secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a sévèrement critiqué le régime syrien après les attaques sur la ville de Treimsa. «Le Canada est atterré par les informations faisant état du meurtre sauvage de plus de 200 Syriens dans la ville de Treimsa, près de Hama. L’utilisation par les forces de sécurité syriennes de l’artillerie, de tanks et d’hélicoptères, confirmée par la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie, témoigne de la barbarie de ce régime.»

La Russie et la Chine, qui siègent au Conseil de sécurité des Nations Unies, n’ont toujours pas changé leur position en continuant à s’opposer à une intervention militaire internationale. Elles jugent que le conflit doit être réglé par des négociations avec le régime syrien. C’est précisément la mission de Kofi Annan. Le problème, c’est que el-Assad est prêt à dire n’importe quoi et qu’il réfute les accusations portées par la communauté internationale à son endroit. Difficile d’en arriver à une résolution de conflit quand l’un des belligérants n’est pas prêt à reconnaître l’existence du conflit, pourtant bien documenté.

Il est très rare en diplomatie qu’un pays en accuse un autre d’être barbare. Les faits rapportés quotidiennement sur la situation en Syrie expliquent que le ministre Baird s’est permis cet écart du langage diplomatique usuel. Quant à elle, la secrétaire d’État américaine s’en est prise au Conseil de sécurité des Nations Unies: «L’Histoire jugera ce conseil. Ses membres doivent s’interroger si permettre au régime Assad de continuer à utiliser une violence inouïe contre son peuple est l’héritage qu’ils veulent laisser».

Mis à part le principal intéressé, Bachar el-Assad, personne n’en voudra à M. Baird d’avoir utilisé un langage fort pour condamner le régime syrien. Bien au contraire.