La naïveté canadienne

C’est un bien triste anniversaire qu’on célébrait dimanche à Dieppe, en France. Il y a soixante ans, 900 militaires canadiens périssaient sur les plages de la Normandie lors d’une opération militaire lancée par les Alliés le 19 août 1942. Ils ont été 2752 militaires canadiens à être pris sur les plages de Normandie, ceux qui n’ont pas été tués ont été capturés par les Allemands et faits prisonniers.

Sur le site du premier ministre du Canada, on lit ce qui suit dans le communiqué émis le 8 août pour annoncer les évènements de commémoration de ce triste anniversaire: «Alors que presque toute l’Europe continentale était occupée par les Allemands, les forces alliées combattaient un ennemi solidement retranché et elles devaient trouver un moyen de prendre pied sur le continent. Le raid de Dieppe leur a permis de tirer des leçons qui allaient leur être d’une très grande utilité pour la réussite de l’invasion du jour J en 1944, ce qui a permis de sauver un nombre incalculable de vies lors de cette offensive capitale.»

Ce qu’il faut aussi savoir à propos de ce raid sur Dieppe par les troupes alliées ce jour fatidique que fut le 19 août 1942, c’est que le commandement des forces armées canadiennes n’avait pas participé à la planification et à l’élaboration du plan d’attaque. Le plan avait été élaboré par le commandement britannique. Quand les généraux canadiens ont été invités à s’asseoir à la table, le quartier général des «Opérations combinées» leur a présenté le plan d’attaque. Les auteurs du plan, les Britanniques, avaient prévu l’implication de mille de leurs soldats. Le commandement canadien a accepté d’envoyer tout près de cinq mille soldats (4963 soldats, pour être exact). Seulement 50 rangers américains ont participé à ce raid, le premier de ce qui devait être une série de raids lancés sur le rivage normand de la Manche.

Sur le site web du Centre de Juno Beach, on qualifie ainsi le raid du 19 août 1942: «Le raid de Dieppe fut un échec lamentable. Vue de loin, après plus de soixante ans, Jubilee apparaît comme une opération fantasque qui n’avait aucune chance de succès, qui ne pouvait qu’entraîner un grand nombre de morts d’hommes.»

Que le Canada, sans avoir participé à l’élaboration du plan d’attaque, ait eu à envoyer cinq fois plus d’hommes que les auteurs du plan, les Britanniques, et cent fois plus que les Américains est en soi quelque peu ahurissant. C’était leur plan, mais nos hommes… La faiblesse du contingent de leurs troupes impliquées dans le raid prévu par les Britanniques n’était-elle pas un signe du peu de confiance qu’ils entretenaient à propos de leur plan d’attaque? Le commandement des forces combinées savait que les troupes canadiennes étaient campées en Grande-Bretagne depuis deux ans sans jamais avoir participé de façon significative aux combats. Le commandement canadien trépignait d’impatience. L’occasion d’engager le combat était trop belle, il a sauté poings et pieds liés dans le piège que s’est avéré être l’opération Jubilee.

Les Américains, surtout, et leur principal allié dans la guerre de l’Irak, nous ont à nouveau fait le coup en Afghanistan. Pour nous faire expier le refus de participer à l’invasion de l’Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne nous ont «invités» (par le biais de l’OTAN) à combattre en Afghanistan, où les Canadiens ont eu la tâche de s’installer dans les régions les plus dangereuses contrôlées par les talibans. Et nous avons répondu à l’appel. Force est de constater aujourd’hui que la mission de combat en Afghanistan n’a pas réalisé les objectifs de démocratisation qu’on souhaitait atteindre.

Si nous convenons que toute opération militaire comporte un risque, nous exhortons les dirigeants politiques et militaires du pays à voir clair avant d’engager nos concitoyens militaires à risquer leurs vies à leur commandement.

• Note :
Pour d’autres informations sur le raid de Dieppe du 19 août 1942, lire le blogue de Jean Saint-Cyr sur (CapAcadie.com), «Le cafouillage meurtrier».