L’union des tiers partis

Le nom de Roy MacMullin était inconnu de la majorité des Acadiens, il y a une dizaine de jours. Et même depuis qu’il a lancé sa campagne à la direction du Parti vert du Nouveau-Brunswick, son nom résonne peu dans les cafés et les Tim Hortons de la province.

Dans une interview à l’Acadie Nouvelle, dans laquelle il exposait son plan de campagne, l’aspirant-chef vert a fait une déclaration surprenante. Il a déclaré qu’il souhaitait que les tiers partis comme le sien, le Nouveau Parti démocratique et l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick signent une sorte de pacte de non-agression afin de supplanter les partis traditionnels (conservateur et libéral).

La déclaration est surprenante parce que la plupart des chefs (ou candidats au leadership) refusent généralement d’envisager ce genre de possibilités, du moins publiquement. Demandez à un chef de parti, la veille d’une élection, avec qui il collaborera s’il est élu à la tête d’un gouvernement minoritaire. Il vous répondra immanquablement qu’il travaille pour être élu à la tête d’un gouvernement majoritaire, sans même discuter de l’alternative.

Chez les libéraux fédéraux, on a encore sur le coeur la décision de Stéphane Dion alors qu’il était chef, en 2008, de ne pas nommer de candidat libéral dans une circonscription que tentait de remporter la leader du Parti vert fédéral, Elizabeth May, afin de favoriser son élection. Mme May n’avait pas été élue et l’entente avait été critiquée non seulement à l’interne, mais aussi par les autres partis. Le chef du NPD, Jack Layton, dont nous commémorons ces jours-ci le décès, avait été particulièrement critique contre cette entente négociée «derrière les portes closes».

Il faut donc une bonne dose de courage pour sortir de la dynamique d’affrontements entre les partis.

Cela dit, ce n’est pas comme si Roy MacMullin ou le Parti vert du N.-B. avaient quelque chose à perdre. Lors des élections provinciales de 2010, aucun candidat vert n’a atteint la barre des 1000 votes. Tous les candidats ont terminé au 4e rang dans leurs circonscriptions respectives.
Le Nouveau-Brunswick, nous l’avons répété souvent, est désespérément bipartite. De nombreuses circonscriptions penchent du même côté élection après élection, peu importe la qualité des candidats. Les tiers partis doivent grimper une côte insurmontable.

Allons droit au but: un pacte de non-agression entre le NPD, le Parti vert et l’Alliance des gens permettrait-il à l’un de ses partis d’atteindre le pouvoir, ou même de supplanter les libéraux ou les conservateurs à titre d’opposition officielle? La réponse est non. Les chiffres ne sont pas là, tout simplement.

Ces partis ont arraché, à trois, un total de 59 992 votes, très loin des 181 397 des conservateurs et des 128 078 votes des libéraux (source: résultats non officiels d’Élections NB). Il n’y a aucune circonscription où l’addition des votes de ces trois partis aurait permis à un candidat de dépasser un libéral ou un conservateur.

Tout récemment, le chef du NPD, Dominic Cardy, a terminé bon troisième lors de l’élection complémentaire de Rothesay, même si l’Alliance des gens lui a donné son appui et n’a délégué aucun candidat.
Ce qui ne signifie pas que la proposition MacMullin soit dénuée de mérite. Au contraire.

Les tiers partis sont condamnés à faire les choses autrement s’ils veulent être en mesure d’offrir un jour cette troisième voie qui a jusqu’à maintenant toujours été rejetée par les Néo-Brunswickois. Donner un appui ponctuel à un autre chef de parti ne sera pas suffisant. C’est en unissant leurs maigres ressources financières et humaines (sans nécessairement fusionner) que l’un de ces partis réussira, peut-être un jour, à faire élire un ou quelques députés à la législature. Ce n’est pas sans espoir. Mais ils sont loin, très très loin, d’avoir la coupe aux lèvres.