Se rendre à l’évidence

En employant la même méthode de travail, on ne peut s’attendre à des résultats différents. C’est une évidence, une vérité de La Palice.

Dans le dossier de la pêche du homard dans le détroit de Northumberland, de plus en plus d’informations pointent vers la nécessité de changer de méthode de travail. Il ne s’agit pas des outils, mais bien de la période de pêche qui serait la plus propice, tant sur le plan économique que sur le plan biologique.

Lorsque les pêcheurs ont manifesté cet été, juste avant l’ouverture de la pêche du homard dans le détroit, le prix payé aux pêcheurs était au cœur de leurs préoccupations. Après une dizaine de jours de manifestations, de nombreuses réunions de consultation et de négociation, les pêcheurs, leur organisation, les apprêteurs et le gouvernement provincial en sont arrivés à une entente de principe sur le prix acceptable pour la saison.

Comme nous l’avons déjà souligné, les périodes de crise ne représentent pas le moment idéal pour régler un problème fondamental. L’accent se porte sur un objectif: mettre fin à la crise qui, dans ce cas-ci, consistait à entamer la saison de pêche.

La question du prix du homard au débarquement n’est pas simple. Elle peut difficilement être résolue par la volonté d’un seul parti, celui des pêcheurs. Comme c’est le cas dans la plupart des marchés de ressources naturelles, la loi de l’offre et de la demande est un des facteurs déterminants qui finit par fixer le prix, comme les pêcheurs s’en sont rendu compte depuis quelques semaines.

Récapitulons quelques faits depuis l’ouverture de la saison de pêche. Le homard débarqué est dans un état biologique fragile, entrainant un taux de mortalité important au débarquement. Les restaurateurs ne veulent pas d’un homard en faible teneur de chair, et en haute teneur d’eau, parce que leurs clients n’apprécient pas ce type de produit. Si le taux de mortalité au débarquement est plus élevé cette année, le rendement en chair à ce temps-ci de l’année a, lui, toujours été faible. Du côté des apprêteurs de homard, il est facile de comprendre pourquoi ils n’accepteront pas longtemps d’encaisser des pertes aussi élevées dues à la mortalité du homard. Difficile, dans de telles conditions, d’imposer un prix élevé au débarquement.

Malgré les difficultés actuelles du marché du homard, pour arriver à leur but d’obtenir un meilleur prix pour leur homard les pêcheurs doivent maintenant convenir d’apporter des changements à l’exercice de leur pêche, ou se résoudre à un prix inférieur à ce qu’ils souhaitent.

Nous réitérons donc la nécessité de revoir le temps de l’année où la saison de pêche se déroule. De plus en plus de faits ont été mis en lumière depuis quelques semaines pour procéder à ce changement. D’ailleurs, en décodant les déclarations des intervenants dans ce dossier, ils sont plusieurs parmi ceux-ci à formuler le souhait que le changement soit apporté plus tôt que plus tard.

Bien sûr, la température plus élevée de l’eau peut avoir un effet. Mais c’est un facteur relativement marginal. Et en ces temps de changements climatiques, les prévisions tendent plutôt à indiquer qu’en moyenne les étés seront de plus en plus chauds. Mais même si l’an prochain la température revenait à un niveau plus coutumier, l’ouverture de la pêche du homard dans le détroit de Northumberland à la mi-août restera problématique pour les apprêteurs et les acheteurs de même que pour les consommateurs. Il faut se rendre à l’évidence et agir en conséquence.