Le cercle vicieux de la démographie

Le passage dans le nord de la province de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales nous interpelle à propos d’une réalité implacable: le déclin démographique.

C’est une situation à laquelle le gouvernement du Nouveau-Brunswick est censé s’attaquer. L’Administration Graham avait créé, au début de son mandat, le Secrétariat de la croissance démographique. On se souvient que dans sa vision d’un Nouveau-Brunswick autosuffisant, l’objectif était de faire croître de 100 000 habitants en 20 ans la population de la province.

Le recensement de 2011 a bel et bien démontré que la population du Nouveau-Brunswick a augmenté de 2006 à 2011: tout près de trois pour cent, ou un peu plus de 20 000 habitants entre les recensements. Sur une base annuelle, si on établit une moyenne, c’est plus ou moins 4000 habitants. À ce rythme, nous aurons raté la cible de 20 000 habitants en 2026.

Mais ce n’est pas ce chiffre qui devrait nous inquiéter. La tendance observée de la croissance démographique au Nouveau-Brunswick est semblable à un phénomène mondial: l’urbanisation. La très grande part de la croissance démographique observée au Nouveau-Brunswick, vous le savez déjà, se concentre dans les trois plus grands centres urbains de la province, Fredericton, Saint-Jean et Moncton. Ailleurs, dans les régions rurales de la province, les pertes sont parfois vertigineuses. Certaines petites communautés ont perdu au-delà du tiers de leur population, dans le sud comme dans le nord de la province.

La question qui se pose, face à ce phénomène d’urbanisation et au déclin de la population dans les régions dites rurales, est simple: devons-nous renoncer à combattre le phénomène, ou nous y résoudre?

Ceux qui ont déjà décidé de suivre le mouvement et de s’installer dans les grands centres urbains ont résolu le dilemme. Ils suivent le mouvement. Les plus jeunes optent de déménager en ville parce que le secteur de l’emploi y est plus dynamique. Ils améliorent leurs chances de décrocher du chômage une fois pour toutes. Leurs parents, une fois à la retraite, choisissent de se rapprocher en déménageant en ville, plutôt que d’attendre que les jeunes reviennent en région les visiter.

Mais ils sont encore nombreux les irréductibles qui ont fait le choix de la ruralité. Avec des initiatives comme le plan de développement économique du Nord, ils entretiennent l’espoir, certains diront l’illusion, qu’ils parviendront à gagner confortablement leur vie.

Le défi est de taille. Il faut être batailleur, imaginatif, entreprenant, certains diront un peu fou. Mais il faut aussi et surtout que les paliers de gouvernements partagent le même objectif, la même priorité.

À cet égard, la lecture du rapport annuel (2010-2011) du ministère d’Entreprises Nouveau-Brunswick peut laisser perplexe, en particulier, le tableau de la dernière page (p.32) du rapport. Des 15 millions $ au budget pour l’aide stratégique aux entreprises, 7,6 millions n’ont pas été injectés. La raison invoquée pour expliquer qu’un peu plus de 50 % du budget n’a pas été investi: «La sous-utilisation des fonds est attribuable aux problèmes de calendrier des projets approuvés et à la situation économique.»

En cette période de compressions budgétaires, parfois excessives, les régions les plus à risque, ironiquement, sont celles qui dépendent le plus d’aide. Moins d’élèves, plus de compressions. Moins de population, moins de représentation. Moins de représentation, moins de services. Moins de services, moins de population. C’est le cercle vicieux de la démographie, un cercle qu’il faudra briser au Nouveau-Brunswick.