Sortir du nucléaire

Le gouvernement du Québec, avec à sa tête la première ministre nouvellement élue, Pauline Marois, a pris une décision censée et intelligente. Elle a annoncé, jeudi, la fermeture de son unique centrale nucléaire, Gentilly-2.

La centrale de Gentilly-2 est la soeur jumelle de Pointe Lepreau, au Nouveau-Brunswick. Elles ont été construites en même temps et ont produit leurs premiers mégawatts d’électricité à quelques mois d’intervalle, au début des années 1980. Après près de 30 ans de loyaux services, les deux centrales étaient dues pour une remise à neuf ou la retraite.

Le Nouveau-Brunswick a fait le pari de la remise à neuf du réacteur nucléaire Candu 6, et ce, même si c’était la première fois qu’Énergie atomique du Canada s’aventurait dans une telle aventure. À l’époque, le premier ministre Bernard Lord prévoyait que la réfection coûterait 1,4 milliard $. Les travaux devaient durer 18 mois et prendre fin en 2008.

Nous sommes en 2012, et la remise à neuf n’est toujours pas terminée (bien qu’elle achève enfin). On prévoit que la facture finale tournera autour de 2,5 milliards $.

Hydro-Québec voulait imiter le Nouveau-Brunswick, mais a préféré retarder ses projets et apprendre de nos erreurs avant d’aller de l’avant à son tour. Une prudence qui honore la société d’État québécoise et qui lui permettra d’économiser des milliards de dollars.

La nouvelle première ministre, Pauline Marois, a depuis annoncé qu’elle fermera ladite centrale. Une décision courageuse, quand on sait que 800 emplois y sont rattachés. Elle était d’ailleurs la seule chef des principaux partis à l’Assemblée nationale à vouloir fermer Gentilly-2.

On estime qu’il en coûtera environ 1 milliard $ sur 10 ans pour la déclasser, soit trois fois moins que pour la remise à neuf.

Il faut dire que le vent pousse dans cette direction. La catastrophe de Fukushima, à la suite d’un tsunami, l’an dernier, a poussé le Japon à se retirer du nucléaire d’ici 2040. Surtout, il a éveillé la population sur les dangers potentiels liés à cette industrie.

La diffusion du documentaire Gentilly or not to be n’a rien fait pour diminuer les craintes. Les auteurs de ce pamphlet affirment que les résidants d’une région où se trouve une centrale nucléaire sont plus susceptibles d’être atteints du cancer. Notons toutefois que la crédibilité des études sur lesquelles le documentaire est basé a été remise en question. Cela n’a pas empêché le message de porter.

Contrairement au Nouveau-Bruns­wick, le Québec n’a pas encore mis le doigt dans l’engrenage de la remise à neuf, des retards à répétition et des dépassements de coûts qui accompagnent tout chantier nucléaire. Il a le luxe de reculer, ce qui n’est plus notre cas.

Gentilly-2 ne compte que pour 2 % de la production énergétique de nos voisins. Le Québec a donc largement les moyens de se priver de la filière nucléaire, d’autant plus qu’il jouit d’une gigan­tesque réserve d’énergie propre et renouvelable, grâce à ses barrages hydroélectriques.

Quant à elle, la centrale de Pointe Lepreau compte pour environ 30 % de la production électrique néo-bruns­wickoise. Malgré son importance, on notera que les Néo-Brunswickois n’ont pas manqué d’électricité depuis sa fermeture en 2008 et qu’Énergie NB a même été en mesure de geler ses tarifs pendant trois ans, tout en réalisant de modestes profits (accompagnés, il est vrai, d’une hausse de la dette).

Nous paierons pendant longtemps le coût des travaux de Pointe Lepreau, et ce, même s’il n’y a aucune certitude qu’elle restera en fonction pendant un autre quart de siècle, comme promis. Au moins, le Québec semble en avoir tiré une leçon.

Mais c’est une bien piètre consolation pour les contribuables du Nouveau-Brunswick.