Un Cabinet plus fort, tourné vers Saint-Jean

Après deux années au pouvoir, le premier ministre, David Alward, se devait d’effectuer des changements à son conseil des ministres, afin de donner un nouvel élan à son gouvernement en prévision du rendez-vous électoral de 2014. Mais l’ampleur des changements et le nouveau visage que le premier ministre donne à son équipe ont de quoi surprendre. Et laisse songeur, même s’il faut reconnaître que cette nouvelle mouture est plus forte que l’ancienne.

Première constatation: la moitié des ministres sont unilingues anglophones (deux autres, Bruce Fitch et M. Carr, font régulièrement des efforts pour s’exprimer en français). Ce n’est pas une attaque frontale contre l’Acadie. Mais alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent du côté anglophone contre le bilinguisme et la dualité, il y a de quoi se poser des questions.

Deuxième constatation: la région immédiate de Saint-Jean compte désormais quatre ministres, dont deux poids lourds. Blaine Higgs (Finances) et Trevor Holder (Tourisme, Patrimoine et Culture) sont rejoints au Cabinet par Hugh Flemming (Santé) et Dorothy Shephard (Communautés saines et inclusives).

Aucune autre région ne possède une aussi forte représentation là où se prennent les décisions. À titre comparatif, on ne retrouve que deux ministres sur tout le territoire entre Edmundston et Shippagan (Madeleine Dubé et Paul Robichaud). Trois si on inclut dans le nombre Danny Soucy, député de la région de Grand-Sault, une amélioration par rapport à Martine Coulombe, qui retourne sur les banquettes d’arrière-ban.

Bref, aussi bien s’y faire: au cours des deux prochaines années, la région de Saint-Jean aura droit à une oreille très attentive à ses besoins. Le vice-premier ministre Robichaud aura fort à faire, dans ces circonstances, pour préserver son influence et mener à bien ses dossiers, au premier chef le développement économique des régions du Nord.

La principale surprise du remaniement est bien entendu la rétrogradation de Madeleine Dubé, qui passe de la Santé au Développement social. Outre le cafouillage dans le dossier du centre d’excellence du cancer du sein à Moncton, elle n’a pas réellement fait de faux pas qui pourraient justifier une rétrogradation aussi importante au profit du nouveau venu Hugh Flemming.

Bien qu’il est clair que M. Alward voit grand pour sa nouvelle recrue, d’autres raisons expliquent sans doute sa montée météorique au sommet du Cabinet.

Les questions de langue, de bilinguisme, d’égalité entre les services offerts aux deux communautés linguistiques et de dualité font de plus en plus souvent la manchette. Les journaux Irving, le Telegraph-Journal en tête, accordent régulièrement leur page frontispice à ceux qui s’opposent à tout ce qui ressemble de près ou de loin à la dualité en santé, et utilisent leurs pages éditoriales pour mener à bien leur agenda.

En nommant M. Flemming à la Santé, le premier ministre tente de rassurer sa base anglophone. La création d’un ministère mineur pour une autre députée de Saint-Jean (Dorothy Shephard) s’inscrit dans la même veine. À noter que Mme Shephard a bonne réputation dans la capitale, elle qui est reconnue pour son bon jugement et pour prendre son travail très au sérieux.

Ces nouvelles nominations au Cabinet signifient-elles que le gouvernement Alward durcira sa position envers les francophones? De la révision de la Loi sur les langues officielles à la lutte continue des Acadiens pour avoir droit à des soins de santé en français équivalant à ceux dont jouissent les Néo-Bruns­wickois anglophones dans leur langue, les dossiers linguistiques ne manquent pas pour ce gouvernement.

Peu importe le nom, la langue ou le lieu d’origine des ministres en place, cela ne changera rien à nos attentes en tant que francophones et Acadiens. Tout recul ou tentative pour ralentir notre marche vers l’égalité sera dénoncé avec vigueur.

D’ici là, laissons toutefois la chance aux coureurs. En expulsant de son caucus un député (Jim Parrott) qui avait commis un faux pas linguistique, David Alward a démontré qu’il ne semble avoir aucune intention d’attiser le feu d’une guerre entre francophones et anglophones sous son règne.