Ici Abbé Lanteigne

Le départ à venir d’Abbé Lanteigne en tant que chef d’antenne du Téléjournal Acadie ne se fait pas sans heurts. La nouvelle fait jaser, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs radiocanadiens.

C’est tout à fait normal. On ne remplace pas un homme qui anime le principal bulletin de nouvelles télévisées en Acadie depuis 19 ans en criant ciseau. La direction de Radio-Canada, Michel Cormier en tête, le savait, et a quand même décidé d’agir.

Elle l’a toutefois fait de façon maladroite, à partir du moment où l’Acadie Nouvelle a dévoilé en exclusivité la nouvelle qui a tant fait réagir, le mercredi 4 janvier. Le soir même, à la fin d’un reportage portant sur l’embauche de Philippe Ricard en tant que nouveau chef des nouvelles à la SRC, Michel Cormier confirmait qu’Abbé Lanteigne vivait sur du temps emprunté à la barre du bulletin.

Tout de suite après, dans une scène surréaliste, M. Lanteigne laissait tomber un «ce n’est pas tous les jours qu’on fait soi-même l’actualité», avant d’interviewer M. Ricard, venu annoncer une nouvelle façon, plus dynamique, de livrer l’information… devant celui qui a le mandat de le faire depuis 19 ans!

Le jeudi 5 janvier, Abbé Lanteigne a cédé sa place à Michèle Brideau. Nous ignorons si ce congé était prévu, mais il est survenu 24 heures trop tard. C’est la veille, alors que le grand patron confiait qu’il avait de nouveaux plans pour son animateur vedette, que Mme Brideau aurait dû être en poste.

Même chose le mardi 10 janvier, jour de la conférence de presse où Martin Robert a été nommé successeur. La déclaration de M. Lanteigne selon laquelle «ce ne sont pas des choses faciles», faisait contraste avec le fait qu’il a animé le soir même, comme si de rien n’était, mais avec professionnalisme, le bulletin qui confirmait sa nouvelle affectation.

Bref, Abbé Lanteigne méritait une meilleure sortie. Il n’aurait pas dû être mis dans une telle position. Il y a eu une erreur de jugement, soit de la haute direction de Radio-Canada, soit de M. Lanteigne lui-même.

Il est important de préciser aussi qu’Abbé Lanteigne subit bel et bien une rétrogradation. Michel Cormier a beau parler de lui comme étant «le journaliste le plus crédible en Acadie» et affirmer vouloir «améliorer sa force de frappe» et «maximiser son impact», il ne faut pas être dupe. M. Lanteigne sera à la tête d’une émission d’information diffusée une demi-heure par mois, qui plus est dans la deuxième portion du Téléjournal Acadie (la moins écoutée).

Ce qui nous amène au nouveau chef d’antenne principal à compter de février, Martin Robert. «Son aisance avec le direct et les médias sociaux, ses talents d’interviewer et de vulgarisateur, vont permettre de renouveler la formule du Téléjournal Acadie», peut-on lire dans le communiqué de la SRC. Difficile de ne pas traduire que selon la direction, ces qualités ne s’appliquaient pas à Abbé Lanteigne, malgré son grand capital de sympathie auprès des auditeurs. Tous auront d’ailleurs remarqué que dans les bulletins qu’il anime, M. Robert invite les auditeurs à communiquer avec lui sur Twitter pour discuter de l’actualité, ce que ne fait pas M. Lanteigne…

Cela étant dit, Radio-Canada Acadie mise sur un chef d’antenne de grande qualité en M. Robert. RDI l’a compris et fait souvent appel à lui pour animer des émissions, au point où certains craignaient qu’il ne quitte bientôt l’Acadie pour d’autres cieux.

Le fait qu’il est un Québécois ne devrait pas être un enjeu. Martin Robert est-il le meilleur candidat pour le poste? Tout nous laisse croire que c’est le cas. A-t-il adopté l’Acadie? Encore une fois, il semble que oui, lui qui travaille et vit au Nouveau-Brunswick depuis environ trois ans.

Son lieu de naissance n’a que peu d’importance. Les Acadiens méritent un bulletin de bonne qualité. Nous avons confiance qu’avec Martin Robert à sa barre, cet objectif sera atteint.