EnCoRe les mêmes vieux arguments

Quand le gouvernement provincial a annoncé que les audiences sur la révision de la Loi sur langues officielles du Nouveau-Brunswick auraient lieu à huis clos, nous sommes plusieurs à nous être insurgés contre ce manque de transparence.

Et quand il a été révélé qu’elles auraient lieu à huis clos pour éviter qu’elles ne dégénèrent en cirque médiatique, nombreux sont ceux qui croyaient qu’il s’agissait d’une mauvaise excuse. Après tout, nous ne sommes plus à l’époque des années 1960, où les bigots criaient des insultes à ceux qui avaient la mission d’écrire une première Loi sur les langues officielles et leur lançaient des tomates, n’est-ce pas?

Et pourtant, en 2012, nous en sommes là. Pas au lancer des tomates, bien sûr. Mais encore une fois, la question des langues officielles réveille une certaine minorité anglophone de son état d’hibernation et la pousse à s’insurger sur toutes les tribunes. Non seulement celle-ci s’oppose à une amélioration des services auxquels les francophones ont droit, mais certains souhaitent qu’on nous en enlève. Le mot «ségrégation» a même son retour dans la bouche d’opposants à la dualité.

Et bien entendu, il y a Kris Austin, le jeune et dynamique chef de l’Alliance des gens du N.-B., qui a soudainement donné une vocation coriste (du tristement célèbre parti Confederation of Regions, ou CoR, qui a mené campagne contre le bilinguisme officiel au N.-B. dans les années 1990) à son parti. L’Alliance, née de l’opposition à la vente d’Énergie NB à Hydro-Québec, n’avait pourtant jamais exprimé publiquement de position contre les droits des francophones auparavant.

Que s’est-il donc passé pour pousser ce parti marginal dans cette direction?

La réponse est tristement simple: M. Austin a démontré qu’il est un opportuniste, et de la pire espèce. Son parti végète dans les bas fonds de tous les sondages, au point de flirter avec l’insignifiance. Il voit donc la lutte au bilinguisme institutionnalisé et à la dualité comme une bouée de sauvetage, une façon rapide de rallier des électeurs. Honteux.

Autre chose: la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. semble avoir un effet catalyseur sur de nombreuses personnes, y compris peut-être M. Austin. Des gens qui s’intéressent normalement peu ou pas à la question linguistique sentent soudainement le besoin de trouver un micro, un blogue ou une section de lettres à l’opinion pour y déverser leur fiel.

Ce genre de raccourcis est dangereux en politique néo-brunswickoise. Si tant d’électeurs s’opposaient au bilinguisme officiel, non seulement le parti CoR serait encore en vie, mais il ferait élire à chaque scrutin une dizaine de députés. Ce n’est pourtant pas le cas. Le Nouveau-Brunswick de demain ne sera pas construit sur l’intolérance.

Il faut remettre les choses en perspective. Nous ne sommes pas au bord d’un grave conflit linguistique. Toutes ces controverses, ces attaques et ces appels à un Nouveau-Brunswick «plus uni», «moins divisé», mais avec moins de droits pour la minorité francophone, devraient retomber dans l’oubli d’ici quelques mois. Les crises et les «crisettes» sur la langue vont et viennent au Nouveau-Brunswick, en particulier quand l’économie va mal, depuis que les Acadiens ont appris à se tenir debout. Celle-ci n’est pas différente des autres.

En fait, le véritable test résidera dans la réponse du gouvernement de David Alward. Va-t-il renforcer la Loi sur les langues officielles de manière significative? Ou accouchera-t-il plutôt d’une souris, afin de ne pas s’aliéner une partie de sa base anglophone? Le principal enjeu, c’est là qu’il se trouve.

En attendant la réponse, nous saluons le courage de la communauté acadienne. Face à un discours qui date d’une autre époque, des demandes claires, concrètes et légitimes, formulées intelligemment, sont la meilleure façon de faire progresser notre cause. On l’a vu encore cette semaine dans la volonté du gouvernement d’accoucher d’un plan de rattrapage de cinq ans en santé pour les francophones. L’ouverture du gouvernement dans le dossier de la santé en français est de bon augure, et doit se poursuivre dans celui des langues officielles.